Production et consommation

Relais

Tout projet "durable" suppose une continuité d'approche, à chaque étape de sa vie. Le bâtiment offre une bonne illustration de l'impératif de transmission de relais.

Le développement durable, c’est l’Intelligence à plusieurs. Personne ne détient à lui tout seul les clés de l’innovation, ni l’énergie nécessaire pour relever tous les Défis du XXIe siècle. Nous sommes dans un Travail d’équipe, qu’il convient d’organiser, et ça ne se fait pas tout seul.

Le bâtiment offre une bonne illustration de cette exigence : l’immeuble le mieux conçu ne donnera pas grand-chose si le relais n’est pas pris par les exploitants et les utilisateurs. Ça commence dès l’origine du projet. Les nombreuses fées qui se penchent sur le berceau d’une opération doivent inviter les démons de l’Usage, ceux qui saccagent tout si on ne leur a pas rendu hommage. Car la vie réelle commence le jour de la remise des clés, le jour où les premiers occupants entrent dans les lieux.
Un immeuble innovant, HQE ou à énergie positive, est différent des constructions ordinaires, auxquelles nous sommes habitués. Il y a bien des Qualités passives, celles qui ne demandent rien pour s’exprimer. Une bonne isolation des sols et de la toiture, c’est tout bénef, et ça ne demande pas à l’occupant autre chose que de ne pas faire de trous intempestifs. Mais le bâtiment est un cadre de vie, où chacun se comporte à sa manière, sans réfléchir, et c’est bien Normal. Les Dérives sont nombreuses, entre l’idée développée par les concepteurs et la vie réelle.
Il y a bien sûr les ventilations bouchées, un grand classique du genre. Ou encore, la serre prévue pour capter la Chaleur du Soleil sera transformée en véranda, avec un chauffage d’appoint pour les mauvais jours. Ailleurs, le sol sera changé au profit d’un revêtement bruyant ou d’une moquette rapidement squattée par les acariens. Il y a aussi les meubles. On raconte qu’un collège avait été construit avec beaucoup de précautions sur la qualité de l’Air, sans un gramme de COV. Mais le service qui achète les meubles n’est pas celui en charge de la construction. Il n’y a pas eu de relais. Résultat ? Des meubles en Bois pleins de colle ont été livrés sous Plastique dans les salles de classe, et les emballages ôtés la veille de la rentrée. Les COV étaient bien là pour accueillir les élèves, tous ces efforts pour rien !
C’est une des raisons pour laquelle le HQE a été imaginée comme une Démarche. Il s’agissait de mobiliser le maître d’Ouvrage, de l’amener à prendre conscience des conséquences de son Choix d’excellence environnementale. Une approche centrée uniquement sur le résultat pourrait lui faire penser que ce n’est que l’affaire de l’architecte, et le déresponsabiliser. L’accent est mis sur l’usage, et la chaine de la qualité de l’origine du projet à son usage quotidien. Il n’est pas sûr que ce message ait toujours été compris, tant il dénote sur les pratiques courantes, où le Cloisonnement est la règle.
La certification « HQE exploitation » tire les conséquences de cette difficulté. Elle engage trois partenaires, le propriétaire, l’exploitant et l’occupant. Une source de complexité, d’amener 3 acteurs à se mettre d’accord, et on pouvait être inquiet. À la pratique, elle se révèle être un instrument de dialogue très apprécié, elle offre un cadre de discussion et de progression autour d’un intérêt commun. Dans un autre ordre d’idée, on a vu des zones d’activité « environnementales » imposer aux preneurs de lots un cahier des charges très rigoureux, de manière à ce que chacun s’inscrive dans le projet collectif, et puisse le relayer à son Echelle. Cette discipline est en général bien acceptée, car elle est la garantie d’une qualité d’ensemble, dont chacun tire Profit.
Celle logique est déclinée sur des immeubles. Au Kremlin-Bicêtre, tout récemment, le 24 mars dernier précisément, un ensemble commerces et bureaux s’est ouvert sous le nom d’Okabé(1). Certifié HQE pour le commerce et pour les bureaux, en plein centre ville, à la sortie d’une station de métro. Beaucoup d’atouts, mais aussi une rigueur dans la réalisation qui se transpose à l’usage. Chaque magasin de la galerie commerciale, par exemple, bénéficie d’un emplacement optimisé pour l’énergie et la Lumière du jour, mais doit se contenter d’une puissance électrique installée limitée, et signe un bail vert, assorti d’exigences sur l’utilisation de certains matériaux et l’échange d’informations environnementales entre bailleur et preneur.
Le développement durable est une Dynamique. Celle-ci doit être sans cesse nourrie, mais elle apporte en retour bien plus que ce qu’elle n’a reçu.  Il faut juste s’organiser pour que cet intérêt collectif soit bien pris en charge, avec les passages de relais entre « parties prenantes ». C’est tout l’art de la bonne gouvernance que de motiver chaque acteur, et le favoriser une Convergence qui peut apparaître évidente dans une vision théorique, mais qui ne va pas de soi dans la pratique où chacun est tenu par ses propres Contraintes.


1 - Okabé, opération d’ALTAREA COGEDIM, architecte Valode et Pistre

Chronique mise en ligne le 29 mars 2010

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