Production et consommation

Promesse

Il parait que nous sommes entrés en période pré électorale, avec le cortège habituel de promesses. Le développement durable peut-il se satisfaire de promesses ?

Il est d’Usage de dire que les promesses n’engagent que ceux qui y croient, mais le Grenelle de l’Environnement ne le prend pas sur ce ton. Il exige des résultats. Les performances des bâtiments neufs doivent être garanties. Cela se comprend bien : la planète ne peut absorber tous les rejets, elle ne peut pas fournir à l’infini toutes les ressources que nous consommons. Elle a des Limites, et il ne faut pas les dépasser. Il ne suffit pas de dire qu’on va bien faire, qu’on respectera les Règlements et autres recommandations techniques, il faut des résultats. Et des résultats ambitieux !
Un premier bilan pour les constructions vient d’être établi par le CSTB et CERTIVEA (1). Il ne s’agit ici que des bureaux, un type de bâtiments simple, et d’usage Professionnel, plus facile à contrôler que le logement. Et pourtant, l’étude montre que les résultats escomptés ne sont pas obtenus. Les bureaux « verts » font mieux que les bureaux « ordinaires », mais leurs performances sont en-dessous de celles que l’on espérait, que l’on avait calculées en élaborant le projet.
Les raisons en sont d’ordre divers, avec dans chaque cas un coupable : l’usager, l’exploitant, ou l’équipe de conception et de construction de l’immeuble. Mais l’important n’est pas de condamner tel ou tel, mais de voir comment améliorer la situation, et parvenir rapidement à ce que les promesses soient tenues. C’est le dernier chapitre de l’étude, peut-être le plus riche d’enseignements.
Il s’agit tout simplement d’oublier le mot promesse. Celui-ci laisserait penser que le bâtiment est capable de s’engager par lui-même, que ses Qualités sont acquises par construction. Il n’en est rien, le bâtiment n’est qu’un cadre pour des activités, pour des êtres humains qui ont leurs propres exigences, leur comportement, leurs Envies, leur Culture . Il offre un potentiel, il reste à en faire bon usage.
Ce « potentiel » est bien sûr une donnée déterminante. Impossible d’être vertueux dans un cadre inapproprié, que les performances de base soient médiocres, ou que le bâtiment ne réponde pas bien aux besoins de ses occupants. L’exigence de qualité intrinsèque de la construction reste entière. Elle inclut autant qu'il est possible la participation des futurs usagers et exploitants à sa conception. C’est un point essentiel du rapport, de remettre en question le jeu des acteurs concernés par un bâtiment. C’est une collaboration permanente qui est nécessaire pour assurer de bonnes performances. Cette collaboration commence dès la programmation et la conception du bâtiment, et se prolonge dans sa vie courante. À chaque Etape les rôles sont distribués différemment, les responsabilités, le pilotage s’exercent différemment, mais tout le monde est concerné tout au long de la vie de l’Ouvrage.
La certification « HQE exploitation(2) » traduit cette logique en instituant un triangle propriétaire, exploitant, usager. Mais elle commence dès que le propriétaire, alors maître d’ouvrage, initie un projet, avec des équipes de conception et de réalisation. Toute la difficulté est d’organiser en continu cette connivence, avec ses règles et ses sanctions. Celles-ci peuvent être positives ou négatives selon le niveau de performances réellement observées, et doivent permettre d’intéresser tous les acteurs. Le « bail vert » amorce cette évolution, en amenant bailleur et occupant à se rapprocher, à échanger des informations sur la vie réelle dans les locaux, les Équipements, les puissances nécessaires, les Consommations. Ce sont des contrats Gagnant-gagnant qui peuvent ainsi voir le Jour, avec un Troisième gagnant, l’environnement qui doit bénéficier des Economies réalisées. Nous sommes loin des promesses verbales, et des engagements sans garanties.
Cette « transformation du système d’acteurs » analysée pour la construction et l’immobilier est une des caractéristiques générales du développement durable. L’intégration des intérêts, la recherche de complémentarités est une des manières d’augmenter sensiblement la Productivité de la planète, en termes de services rendus, sans accentuer la pression sur les ressources. Les Démarches de type HQE, développées pour le bâtiment, sont des incitations fortes à revoir le Système d’acteurs, dans le sens d’une plus grande collaboration. Elles sont reprises aujourd’hui pour l’aménagement, les Routes et les espaces verts. Là encore, il ne s’agit pas que de démarches techniques, encore que la technique y joue un rôle important. Ce sont avant tout des approches par l’usage, la qualité de service, et la bonne compréhension par chacun des besoins des autres acteurs. Un mélange de culture technique et de culture populaire, et un langage accessible à tous.
Le développement durable ne fait pas de promesses. Il offre une Perspective, il crée une Dynamique où chacun doit trouver sa place et prendre Plaisir à se Dépasser.

1 - Les immeubles de bureau verts tiennent-ils leurs promesses ? Rapport de Jean Carassus, mars 2011
2 - Certification NF Bâtiments Tertiaires Démarche HQE en Exploitation, proposée par CERTIVEA


 Chronique mise en ligne le 4 juillet 2011

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