Production et consommation

Mousse

Un mot aux sens multiples, même si on se cantonne au féminin. Il s’agit ici le la mousse qui augmente les volumes, toujours spectaculaire mais parfois décevante. La mousse peut-elle devenir un instrument de développement durable ?

La mousse n’a pas bonne presse. Tout ça, c’est de la mousse, de l’esbroufe, ça ne vaut rien.  Les beaux parleurs se font mousser, mais vous savez que la position qu’ils en tirent est éphémère. La mousse finit toujours par retomber.

Il est un domaine où, malgré tout, la mousse se révèle « durable », au sens du développement durable. Il s’agit de ces petits appareils à 10 sous que l’on installe sur les robinets et qui portent le nom de mousseurs. Des appareils formidables qui transforment un petit pipi en un jet puissant. L'illusion de l’abondance.  Et en plus, ils évitent les éclaboussures. Nous sommes bien au cœur du développement durable : on économise une ressource sans le moindre sentiment de privation, et le tout pour très peu d’argent. Un temps de retour et une rentabilité à faire pâlir les traders les plus habiles. Il a juste fallu de la matière grise pour inventer ce merveilleux « mousseur ». Quelques micro bulles d’air introduites dans l’eau, pour se laver les mains par exemple, et vous  réduisez le débit de moitié. Bravo à son inventeur.
L’illusion de l’abondance est bien agréable. Elle est à l’origine de nombreux problèmes. Nous avons cru que l’on pouvait tirer sans limitation sur les ressources de la planète, et nous avons mis du temps à comprendre et à admettre que ce n’est pas le cas. Mais voici un cas où elle est bonne, alors profitons-en, et voyons s’il n’y a pas de possibilité d’étendre cette approche. Peut-on faire mousser autre chose que l’eau de nos robinets ? Peut-on créer un sentiment artificiel d’abondance, qui donne du Plaisir sans épuiser la planète ?
Il faut revenir pour cela aux valeurs d’usage . Entrons dans l’ère de l’économie de fonctionnalité. A quoi servent les biens que nous produisons, comment sont-ils utilisés dans la vie courante ? C’est le point de départ de la réflexion. En matière de transports, on se pose aujourd’hui la question de la mobilité comme service aux personnes et aux entreprises, pour l’utile et pour l’agréable. Les produits matériels pour rendre ce service (infrastructures et matériels) n’apparaissent qu’en second plan, ce qui offre une large place aux comportements et à la gouvernance du Système. Le « soft » n’est rien sans le « hard », mais il occupe à présent une place majeure, au lieu du strapontin qui lui était réservé. Partager du matériel et des infrastructures devient ainsi une manière de se sentir riche, et de disposer de l’abondance, tout en épargnant à la fois son porte monnaie et la planète. La mutation est en cours. Elle prendra du temps car il faut que les esprits  s’y habituent, que les organisations sociales, conçues autour de la propriété, s’y adaptent, mais la voie est ouverte. Il s’agit à présent d’accompagner le mouvement, pour l’accélérer et l’élargir à tous les types de territoires.
Nous sommes à l’étroit dans nos logements. Ils sont trop petits. C'est la première revendication exprimée dans les sondages sur la qualité des logements est la taille. Pas de chance, au moment où l’on ne parle que de densité, et d’économies de chauffage. Et avec le prix du mètre carré, les familles ont bien du mal à trouver de grandes surfaces. Les petites surfaces ont le vent en poupe. Mais nous savons bien que le sentiment de taille d’un logement ne se mesure pas qu’en mètres carrés. La disposition des lieux, les parties communes, les couloirs et autres dégagements, la lumière du jour et les vues vers l’extérieur, autant de paramètres qui vous changent la vie. Le vécu n’est pas toujours conforme à la géométrie. L’intrusion sonore de voisins dans un grand appartement peut vous donner l’impression d’être assiégé, reclus dans un espace rétréci, alors que le Calme et le chant des oiseaux dégagent les horizons.
Au –delà de la qualité d’un logement, ou d’un bureau, qui amplifiera ou réduira sa taille vécue, il y a aussi les espaces partagés. Locaux techniques, lieux de rangement, salles de jeu, etc. Peut-on donner l’illusion d’un grand territoire de vie, en ajoutant ces espaces à ceux que chacun possède en propre ? Une cour d’immeuble appropriée par des enfants n’est-elle pas un prolongement de l’univers privé de chacun ? Dans les locaux professionnels, comme les bureaux, ça fait longtemps que l’on a cherché à optimiser les espaces, pour des raisons économiques évidentes. Et avec la contrainte de maintenir, voire d’améliorer, la qualité de vie au travail, facteur clé de la productivité. Peut-on en faire autant pour les logements ? Un raisonnement, et un questionnement, à élargir au quartier et à la ville, ou encore au village. Les espaces publics sont-ils appropriés, sont-ils, dans le vécu, comptés par chacun comme son territoire propre, même s’il est partagé ? Et il y a la piste de la géométrie variable, de la modularité de certaines pièces qui peuvent être attachées ou détachées d’un logement en fonction de la composition de la famille.
Faire mousser les ressources dont nous disposons, comme l’eau et l’espace, est assurément une des pistes à explorer. L’approche purement technique des mousseurs des robinets doit être élargie aux comportements et à la perception que chacun a de son Patrimoine, de ses mœurs et de son territoire. Les mousseurs sont une aide à l’économie d’eau, avec les chasses d’eau à 2 vitesses, mais ils n’exonèrent pas les consommateurs de leurs responsabilités,  comme le bon entretien de leur matériel et la discipline de ne pas laisser couler l’eau pour rien. La mutualisation de biens, qu’elle soit commerciale (location) ou citoyenne (réseaux d’échanges) exige de la part des utilisateurs une attitude de respect, d’empathie, et un sens de l’anticipation. En matière de logement et d’aménagement urbain, les difficultés de gestion des espaces partagés sont bien connues, mais il y a des success stories. Le développement durable est en marche, mais il y a encore du chemin à faire ! 

Chronique mise en ligne le 25 mai 2013

 

Mots-clés: culture, ressources, compétition, comportement

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