Production et consommation

Maintenance

Vous avez décidé d’engager une politique active de développement durable. Mais par où commencer ? Par la maintenance, bien sûr.

L’accident du métro de Mexico, dont un pont s’est effondré le 4 mai dernier rappelle celui du pont Morandi à Gênes en août 2018, et les multiples alertes sur nos ponts, anciens et mal entretenus. Il faudrait leur ajouter les accidents consécutifs au mauvais entretien des voies ferrées, comme celui de Brétigny sur Orge, en juillet 2013. Ces évènements fâcheux nous rappellent l’importance de la maintenance des grands équipements, fièrement inaugurés et souvent abandonnés à leur sort par la suite. Les récentes orientations de la politique ferroviaire tentent fort heureusement de rééquilibrer les investissements entre remise à niveau des réseaux existants et nouvelles lignes, il était temps.

Le parc immobilier n’est pas en reste. Les « passoires thermiques » dont il est fortement question aujourd’hui ne l’ont pas toujours été, ou pas à ce point. Le bâti se dégrade avec le temps et son usage quotidien, son maintien au niveau n’est hélas pas une préoccupation prioritaire. Le prestige de nouvelles constructions fait oublier l’obligation d’entretenir les anciennes. Dans les bâtiments publics, la situation n’est guère meilleure, tant la tentation de remettre à plus tard les travaux d’entretien est forte. Et les retards coutent cher. L’étude a été faite en 1999 pour les collèges, elle est sans doute dépassée mais tellement instructive : Entre un entretien régulier, année après année et la réhabilitation lourde tous les 15 à 20 ans, la facture varie au minimum dans un facteur 4. La maintenance coûte 4 fois moins cher que la reprise périodique d’un bâtiment dégradé(1).
Le mot même de maintenance fait référence à la durée. Le patrimoine quelle qu’en soit la nature, réseau ferré, viaduc, forêt, immeubles d’habitation, qu’il soit public ou privé, doit être entretenu régulièrement pour garder sa valeur et rendre les services attendus de lui. Une exigence à intégrer dès la conception d’un nouveau projet, à étudier sur sa durée de vie, et sur la durée de vie des éléments qui le composent. Facilité de surveillance et de contrôle, accessibilité des pièces, savoir-faire et management de la maintenance, font partie d’un projet au même titre que son modèle économique et des procédés techniques adoptés. Une maintenance qui non seulement permet de réparer les dégradations et de les éviter, mais aussi d’améliorer en continu la qualité d’un équipement, de l’adapter aux exigences nouvelles sans avoir besoin de repartir de zéro. C’est un patrimoine vivant qui est ainsi préservé, qui évolue pour le bien de ses usagers et de la planète. Le raisonnement s’étend aussi aux compétences humaines, lesquelles doivent être mises à jour et enrichies tout au long de la vie. Le patrimoine humain est une richesse à la fois personnelle et collective qui doit être « maintenue ».
La question de la rénovation du parc de logement offre, hélas en négatif, une bonne illustration de l’importance de la maintenance. C’est le carbone qui est le déclencheur des efforts engagés depuis peu, mais le sujet est bien plus vaste. C’est la qualité de la vie des habitants qui est en jeu, aussi bien que le climat. Le coût social de la précarité énergétique est élevé, il serait supérieur à celui de la réhabilitation des logements selon une étude anglaise (2). Il aurait pu être en bonne part évité avec une politique intégrée d’entretien et d’amélioration, qui constitue elle-même un bon calcul économique. Dans son livre « Durer (3) », le philosophe Pierre Caye fait l’éloge de la maintenance : « La réparation et l’entretien ne sont pas des activités accessoires. A maints égards, il constitue le cœur de l’économie des sociétés d’aujourd’hui aussi bien que d’hier. Simplement, hier nous réparions parce que nous étions pauvres et donc pour pallier la pénurie, aujourd’hui parce que nous consommons trop… ».
La maintenance, bonne pour la planète et ses habitants, pour le présent et le futur. Elle reste pourtant un parent pauvre, face à la force symbolique de la production, des travaux neufs, des nouveaux produits. Une sorte de fuite en avant, qui arrive aujourd’hui à ses limites. Nouveau mot d’ordre pour le développement durable : La maintenance avant toute chose !

 Photo : Frank Eiffert, Unsplash

1 Source : Commission Schléret, rapport de l’observatoire de la sécurité des établissements scolaires et de l’enseignement supérieur, 1999
2 D. Ormandy Coût du mal logement, l’expérience anglaise
3 Pierre Caye : Durer, Eléments pour la transformation des systèmes productifs, ©Les Belles Lettres, 2020

Mots-clés: routes, croissance, économie, futur

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