Rejets, Pollutions et nuisances

Mine

La pénurie de matières premières pousse à ouvrir des mines ou à forer des puits dans des conditions toujours plus inquiétantes. Pourquoi aller toujours plus loin alors que les viles offrent d’excellents gisements, et se présentent comme des mines bien sous-exploitées ?
Mines urbaines. C’est le nom d’une chaire qui vient de s’ouvrir sous l’égide conjointe d’Eco-systèmes et de Paris-Tech(1). Voilà un concept intéressant, bien en phase avec celui d’intensité, faire plus avec moins, rendre plus de services avec moins de matières premières. Le facteur 4, deux fois plus de bien-être en prélevant deux fois moins de ressources, est en marche. On parle d’économie circulaire, fondée sur l’idée que les rejets des uns sont les matières premières des autres. Une forme de métabolisme à organiser. Certains grands projets urbains, un peu futuristes comme Dragonfly, imaginé pour New-York par l’architecte Vincent Callebaut, mettent en application cette approche, avec notamment une grande ferme urbaine alimentée par l’eau de pluie et les matières organiques rejetée par ce morceau de ville.
Cela fait longtemps que l’on dit que les décharges deviendront des mines. On trouve dans les déchets quantité de matières bonnes à utiliser, et les chiffonniers ne me contrediront pas. Il n’y a plus de décharges dans notre pays (en principe), mais il n’en est pas de même dans beaucoup d’autres, où elles sont devenues des lieux de vie, malgré tous les risques qui y proliférèrent.
Revenons chez nous, où les ressources contenues dans les déchets sont prélevées en amont, grâce à une collecte sélective. Les produits réutilisables sont ainsi triés et réinjectés dans la sphère de production. Un mouvement qui se développe notamment avec des entreprises d’insertion, car il demande beaucoup de main d’œuvre. Les chiffonniers d’antan ont pris des formes modernes : des grandes boites pour les apports volontaires de vêtements, de bouteilles, de papier. Des déchetteries, où chacun peut aussi rapporter des déchets plus délicats, comme des piles, des lampes fluo, des vieux téléviseurs, etc. Les produits de construction et surtout de démolition sont récupérés dans des centres spécialisés, et l’on peut citer de nombreuses branches industrielles qui ont mis en place des filières de récupération.
De manière plus systématique, Eco-système et Paris-Tech se sont posé la question : « Comment exploiter un type de « mines » innovantes, disponibles et répandues dans toutes les couches de notre société ? Les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) issus de toutes les activités humaines sont ainsi de véritables « mines urbaines », qui contiennent de nombreuses matières recyclables. Ces mines urbaines peuvent parfois renfermer des « gisements » de métaux précieux  40 à 50 fois plus riches que ceux extraits du sol » si l’on, en croit un récent rapport de la Global e-Sustainability Initiative (GeSI) et de l’université des Nations-Unies. « Ces mines urbaines, véritables sources de matériaux rares et aux caractéristiques mal connues, doivent être exploitées dans le respect des principes du développement durable. Leur exploitation bénéficiera à tous : les citoyens et les industriels producteurs de nouveaux produits manufacturés (électriques ou non) ainsi que les opérateurs du recyclage ». 
Le concept de « mines urbaines » permet de mettre de l’ordre dans la recherche des ressources présentes dans les nombreux « résidus urbains ». Il n’y a pas que les ordures ménagères, lesquelles sont transformées en chaleur depuis bien longtemps, avec le chauffage urbain. Les calories des eaux usées sont, ça commence tout juste, récupérées selon plusieurs techniques, à l’échelle de l’immeuble ou du quartier. La matière organique donne lieu à récupération, avec les boues des stations d’épuration, les déchets verts, et, plus récemment pour les villes, le compostage au pied d’immeuble.
Le renouvellement de la ville sur elle-même est souvent évoqué en termes de stock. Le potentiel est renouvelé, logements, ternaire, espaces publics. L’approvisionnement des villes, le flux, restait à l’écart de la démarche. L’agriculture urbaine est une première forme de recherche d’autonomie, bien partielle sous nos latitudes, mais plus fréquente dans les villes du « Sud ». Les AMAP(2) et autres mouvements localistes ont redonné leur pertinence à des approches régionales, pour favoriser les échanges entre les villes et les campagnes environnantes. Allons au bout de cette logique : tout ce qui entre dans la ville y est utilisé jusqu’à plus soif, pourrait-on dire, autant de fois qu’il est possible de le faire. Il s’agit de rentabiliser au maximum les ressources, et la ville s’y prête bien, du fait de sa diversité et du rapprochement des acteurs.
La ville est une mine. On le savait déjà en termes humains, la démonstration est- en passe d’être faite en termes matériels.


1 - Selon un communiqué du 11 février 2014)
2 - AMAP : Association pour le maintien d’une agriculture paysanne

Mots-clés: ressources, facteur 4, ville, déchet, économie circulaire

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