Rejets, Pollutions et nuisances

Déchet

Le déchet est l’apanage du riche, le pauvre ne peut s’offrir ce luxe. Nos sociétés se sont crues riches, mais elles vivent souvent au-dessus de leurs moyens. Y a-t-il des déchets « durables » ?

Le concept même de déchet n’a de sens que dans un monde infini. Un monde dont les ressources se renouvellent sans cesse, et dont les capacités d’absorption sont illimitées. Infini comme le monde était ressenti il y a encore quelques années, comme le sont encore trop souvent les océans, comme l’espace.


Justement, les inquiétudes se font nombreuses sur l’espace. On parle de débris, de plus en plus nombreux, dans certaines zones orbitales. L’encombrement de l’espace semble critique. Même lui n’est plus infini. Curieusement, la saturation a été très rapide. Depuis le lancement du spoutnik, le 4 octobre 1957, nous envoyons bon an mal an plus de 200 gros objets en orbite, au point de menacer toute opération spatiale future à moyenne échéance. Deux dangers nous menacent, le retour incontrôlé sur Terre de gros débris, avec des risques sérieux vis-à-vis des populations, et  la multiplication de débris par collision mutuelle d’objets orbitaux, selon une réaction en chaîne connue sous le nom de « Syndrome de Kessler ».
Revenons sur terre, notre planète bleue, ou le Temps du monde fini a commencé, comme le disait Paul Valéry dès 1945(1). Une planète qui nous offre le gîte et le couvert, qui est notre habitat et notre ressource primaire. Deux bonnes raisons pour la ménager, en évitant de l’encombrer, d’y diffuser des objets toxiques ou dangereux, et en exploitant au mieux sa capacité productive. Le déchet peut constituer un risque (Accident, toxicité), il est aussi l’indice d’un mauvais rendement, d’une matière première non valorisée. Pas de problème dans une société d’abondance, aux frontières illimitées, et l’illusion d’un monde infini nous a fait prendre de mauvaises habitudes. Nos systèmes économiques, notre appréciation de la valeur des choses, ont été construits sur la référence implicite à l’infini, et nos esprits formatés en conséquence. « Dans le cochon tout est bon » est passé aux oubliettes.
Le développement durable est le retour à la réalité, et la recherche d’un mode de développement adapté à un monde fini. Objectif : zéro déchet, rendement 100%. Une manière de poursuivre une forme de croissance sans accroître la pression sur la planète, et même en la réduisant. Cette pression est en effet bien excessive, si l’on en prend pour indicateur l’empreinte écologique(2). Nous avons dépassé le niveau d’équilibre depuis 25 ans. Nous prélevons aujourd’hui 40% de plus que ce que la terre produit. La valorisation maximale de la moindre unité de matière première, renouvelable ou non, devient un impératif.
Pour y parvenir, il y a toute une gamme de solutions. Toute la chaine « production-consommation » est concernée. Limitons ici le propos à la production et la mise sur le marché. Les process de production cherchent à réduire la quantité de déchets générés. Prévenir vaut mieux que guérir. C’est souvent une source d’économies pour les industries, mais le prix souvent trop faible des matières premières a parfois conduit à des négligences, ou à des arbitrages en faveur d’autres priorités. La recherche de sous-produits et la spécialisation des filières ne font pas toujours bon ménage. Bourses de déchets et création de parcs d’activités éco-industriels  sont des tentatives de réaction à ces Dérives.
La production, c’est aussi la durée de vie des produits, les facilités de réparation et d’évolution. L’adaptabilité, notamment pour les produits à longue vie, et pour l’immobilier. La capacité à s’adapter à des besoins nouveaux, à des modes de vie différents, évite de détruire et réduit de ce fait une source de déchets. Attention de ce côté à l’acharnement thérapeutique. La modernisation passe parfois par un changement de matériel. L’exemple des chaudières est un classique du genre : il ne faut pas les faire durer trop longtemps quand de nouvelles générations, très performantes, arrivent sur le marché. Le recyclage est alors bien plus satisfaisant.
Entre production et consommation, il y a l’emballage, le conditionnement. Il a des vertus pratiques pour le transport et la distribution, mais il a surtout une valeur commerciale importante pour les entreprises. L’emballage, c’est l’hygiène et la sécurité, c’est aussi une affiche publicitaire, avec le besoin de se différencier. La lutte contre le « suremballage » ne peut s’affranchir de cette réalité. Une des manières de faire est de recycler ces emballages, et mieux encore de les récupérer pour les réemployer.
Parmi les voies de progrès « durable » souvent évoquée figurent deux types d’économie. L’économie « Circulaire » est au cœur de notre réflexion sur les déchets, et tend à leur retour généralisé dans la boucle de production. C’est l’art d’accommoder les Restes. L’économie « de fonctionnalité » se préoccupe avant tout du service rendu. Elle préconise la propriété des équipements par des professionnels, et leur location pour les usagers, dans le but d’un maximum d’efficacité et de gestion optimisée des ressources. Ne pas produire de restes, ou le moins possible. Deux approches à conjuguer pour redorer le blason du cochon-tout-est-bon

1 - « Le temps du monde fini commence », Paul Valéry, Regards sur le monde actuel, 1945

2 - Voir la chronique Hectare

Chronique mise en ligne le 28 octobre 2011

Mots-clés: ressources, progrès, économie circulaire, performance

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