Rejets, Pollutions et nuisances

Composants

La règle dite « des 3R » est bien connue pour lutter contre les diverses formes de gaspillage de ressources. Réduction, réemploi, recyclage. Ne pas consommer ce dont nous n’avons pas besoin, réemployer les produits usagés autant qu’il est possible, parfois en changeant leur destination (on parle alors de réutilisation, un autre R) et les recycler in fine. Prenons l’exemple d’une bouteille d’eau. Le mieux est de s’en passer en se servant au robinet. S’il faut une bouteille, elle peut servir plusieurs fois, c’est le réemploi, et à la fin elle casse et on recycle les débris pour refaire du calcin et à nouveau du verre.
On oublie souvent une solution intermédiaire entre réemploi et recyclage, une solution bien connue dans certains secteurs. De nombreux matériels sont des assemblages de plusieurs pièces, qui en sont les « composants ». On parle aussi de pièces détachées, qui peuvent trouver une seconde ou troisième vie quand le matériel initial est défaillant. Le réemploi de ces composants est une manière de récupérer de la matière, et de faire des économies de ressources et d’argent. Pratique ancienne mais pas suffisamment utilisée, elle a connu une nouvelle dynamique depuis le 1er avril 2019. C’est la date d’entrée en vigueur d’un arrêté du 8 octobre 2018 « relatif à l’information du consommateur sur les prix et conditions de vente de pièces issues de l’économie circulaire dans le cadre des prestations d’entretien ou de réparation des véhicules automobiles ». Les casses automobiles, qui n’ont pas toujours une bonne réputation côté environnement, peuvent ainsi apporter leur concours à la lutte contre le gaspillage.
Il y a bien d’autres domaines ou le remplacement de composants est en usage depuis longtemps. C’est l’échange standard. La pièce défectueuse est remplacée par une autre, et renvoyée en usine pour être reformatée, réparée, mise à jour selon leur nature. Une pratique traditionnelle tant dans le champ professionnel que dans le domestique.  Faut-il encore que les produits soient conçus pour pouvoir être réparés, un problème bien connu dans les smartphones et dans de nombreux matériels, notamment électroménagers. La réparabilité est une vertu parfois négligée, et un projet de loi « anti gaspillage » est en cours de préparation à cet effet. Quelle tristesse de devoir jeter un appareil juste parce qu’il est impossible de le démonter pour changer une pièce mineure… Le cas des smartphones est intéressant, parce qu’ils recèlent en leur sein des matériaux rares et chers, et en plus potentiellement polluants s’ils sont rejetés dans la nature ou dans des décharges. Il suffit souvent de changer tel ou tel composant, mais il faut pour cela que les vieux smartphones soient récupérés, et que les clients acceptent des éléments d’occasion à l’occasion de réparations. Les smartphones recomposés, à partir de composants de deuxième main, trouvent actuellement un marché en expansion, et c’est heureux. Il faut toutefois apporter des garanties de fiabilité, ce qui suppose une profession dédiée à cette activité de recomposition. Une source d’emplois, le plus souvent qualifiés. Tout le monde y gagne, votre porte-monnaie, la planète et l’emploi. On retrouve formellement les fameux « piliers » du développement durable, économie, environnement et social.
Il est un domaine où les composants sont nombreux, et où il est beaucoup attendu du recyclage, c’est le bâtiment. Les déchets de chantier sont considérables, et on entend trop souvent parler de décharges sauvages dans les bois. Depuis quelques années, on parle de « déconstruction », qui consiste à démonter les vieux bâtiments pour séparer les matériaux les uns des autres, étape incontournable du recyclage. La tradition de récupération des métaux est ancienne, elle trouve une nouvelle forme et s’étend à tous les produits. De nombreux composants pourraient être récupérés, rénovés et réutilisés. Il y a bien sûr les tuiles, reprises moultes fois sur le même toit à chaque réfection, un classique pour un composant élémentaire. Il peut s’agir de portes et de fenêtres, mais aussi de faux plafonds, de meubles et d’équipements de salle de bain, de panneaux isolants. Le réemploi ne sera pas direct, il faut souvent reconditionner le produit, le repeindre, lui redonner un air de jeunesse, mais c’est moins couteux et plus « friendly » pour la planète que l’utilisation de ressources nouvelles, venant parfois le bien loin.
La difficulté pour le bâtiment est que chaque objet est du sur mesure, contrairement aux produits industriels fabriquées en grand nombre et à l’identique. Là encore, il faut créer des intermédiaires qui assureront les adaptations nécessaires, et la compatibilité avec les exigences sanitaires, énergétiques, esthétiques. Ils existent depuis longtemps pour les produits anciens, qui font l’objet d’un marché de l’occasion. Ils commencent à se créer pour des produits plus courants. Plusieurs plateformes virtuelles ou matérielles se sont créées ces dernières années, et ce n’est qu’un début. Déconstruction et réemploi de composants relèvent de la même logique et se développent ensemble.
Cette approche concerne au premier chef, paradoxalement, les bâtiments neufs. Le recyclage et le réemploi des éléments qui le composent dépend fortement de leur conception. L’écoconception est l’avenir de la construction, comme du design en général. Les bâtiments qui s’adapteront à des futurs inédits, qui pourront changer d’affectation, qui offriront le cadre à des modes de vie que nous ne pouvons pas imaginer, et qui accepteront qu’on leur emprunte des composants. L’empreinte écologique et le bilan carbone seront d’autant plus favorables que la durée de vie réelle du bâtiment sera longue. L’adaptabilité, la possibilité de démontage partiel ou total avec récupération des composants deviennent alors des exigences essentielles pour la construction du XXIe siècle.
 

Mots-clés: ressources, rénovation, déchet, économie circulaire

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