Politique

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Les élections municipales sont l’occasion d’une réflexion sur ce que l’on attend du maire, et sur les projets de réforme des communes dans une perspective de développement durable, avec ses aspects humains, techniques et économiques.
Les 36 680 communes de France font traditionnellement l’objet d’un débat. Les comparaisons avec les pays voisins montrent une carte administrative extrêmement fine, et beaucoup souhaitent la transformer pour aller vers de plus grandes unités. Mais la France résiste, la réforme tarde. Pourquoi ?

Est-ce, là encore, une manifestation de conservatisme, de nostalgie, d’intérêts des nombreux « petits » maires qui s’accrochent à leur titre ?
Ce n’est pas si simple, là encore, les contradictions sont multiples. Les discours entendus doivent trouver une forme de convergence. Quelles sont ces demandes qui s’expriment le plus souvent ? Trop de communes, trop de fonctionnaires, halte au « mille-feuilles » administratif, importance de la proximité, besoin de représentation de la France profonde, des « invisibles » pour lesquels Pierre Rosanvallon souhaite un « parlement (1)».
Toutes ces demandes sont légitimes, mais elles ne se combinent pas spontanément. Les élections municipales offrent l’occasion d’une réflexion sur le sujet. Comment sortir des contradictions « par le haut » ?
La suppression des petites communes, fusionnées dans des ensembles plus larges, pose avant tout un problème de gouvernance, sociale ou même sociétale. Le rôle premier du maire est d’être à l’écoute de ses concitoyens. Dans un monde qui bouge rapidement, dans tous les domaines, économiques, technologiques et culturels notamment, nombreux sont ceux qui ne s’y retrouvent pas, qui ont besoin de repères et d’appuis. Comprendre le désarroi, apporter les « premiers soins » et savoir le transmettre aux échelons politiques supérieurs, voilà une mission essentielle qui ne peut être assurée que par des élus. Leur statut leur confère l’autorité et le prestige nécessaire pour que les gens se confient à eux, et qu’ils puissent parler haut et fort face aux institutions. Un maire délégué » ou un adjoint sera-t-il perçu comme un vrai maire ?
Il est à craindre que la suppression formelle des communes actuelles ne provoque le désengagement de centaines de milliers de conseillers municipaux (il y a 500 000 élus locaux en France) qui assurent le lien social et de nombreuses tâches matérielles, là où les services et le personnel municipal sont insuffisants.
Le risque est grand d’une désagrégation accélérée des territoires ruraux, qui s’ajouterait aux transformations économiques et démographique qui ont vidé les villages. Ceux-ci pourraient trouver une nouvelle vie avec la révolution numérique, et il serait dommage de les enterrer trop vite.
Un autre risque est de devoir remplacer les élus manquants par des fonctionnaires. On reproche parfois aux maires de jouer le rôle d’assistantes sociales. Et bien, qui le fera à leur place ? Et ils le font en échange d’une rémunération très faible, voire nulle pour beaucoup d’entre eux. Une sorte de bénévolat. Faut-il s’en passer au moment où l’on souhaite réduire les dépenses publiques ?
Le maillage fin du territoire politique et sociétal est un atout. Le même maillage pour des responsabilités techniques, infrastructures et équipements publics, uranisme et mobilité, politiques touristique, économique, environnementale, est-il pertinent ? Il semble bien que non. C’est une question d’échelle de prise en main de ces questions autant que de capacité à mobiliser les bonnes compétences. L’intercommunalité est le niveau convenable de prise de décision, avec des moyens techniques et administratifs, et un périmètre d’intervention correspondant aux enjeux d’aménagement du territoire et de développement économique. C’est le raisonnement qui domine largement aujourd’hui, mais il ne doit pas faire oublier l’approche sociétale, plus intime, plus humaine. La vie quotidienne et la place de chacun dans la communauté de son village constituent d’autres enjeux, avec une attente forte de nos concitoyens.
La prédominance accordée aux aspects techniques répond à une carence nettement perçue aujourd’hui, mais ce n’est pas le seul point de vue à prendre en compte. La proximité est une valeur forte, et qui ne fera que se renforcer au fur et à mesure que le monde s’ouvre. Il faut équilibrer le « village planétaire » par le village territorial, celui de la rencontre physique, de l’approvisionnement en produits locaux, du bon voisinage.
La situation actuelle, où tous les types de responsabilité sont confondus, est à l’origine d’un grand malentendu. Il faut mettre un peu d’ordre, donner de la lisibilité, renforcer les élus dans le rôle qui leur est attribué. La fonction « sociétale », dévolue aux maires et aux communes, est aussi importante dans le monde moderne que les fonctions plus techniques. Le reconnaître est le point de départ d’une réforme dont la nécessité est reconnue de tous. N’abandonnons pas le maillage fin de notre territoire, atout à valoriser et non handicap à éliminer comme on l’entend trop souvent.

 

1 - Pierre Rosanvallon, « Le parlement des invisibles », Le Seuil, 2014

 

Mots-clés: quotidien, commune, proximité, bénévolat

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