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EtatPermettez un billet de nature politique, inspiré par la lassitude. Les débats mal posés ne permettent guère d’avancer, et celui du nombre des fonctionnaires en est un. La vraie question est celle du rôle de l’Etat.
Le débat est récurrent sur le nombre de fonctionnaires en France. Ils seraient bien trop nombreux, et il faut le réduire, pour alléger les charges de l’Etat et des collectivités publiques.

Cette question en masque une autre, qui semble bien plus importante dans une recherche de bonne gouvernance. Comme pour les retraites, l’approche comptable empêche de prendre la question dans toute son ampleur. La vraie question est celle du rôle de l’Etat, de ce qu’il doit faire, de ce que l’on en attend. Pendant longtemps, on a cru que les solutions à nos problèmes devaient venir de l’Etat. Etat providence, qui s’est transformé aujourd’hui en Etat protecteur, thème largement développé par les majorités successives. L’Etat organise la vie économique et sociale, et des fonctionnaires décident de tout, soit dans l’appareil d’Etat soit au titre des grandes Entreprises. Les entreprises publiques, bien sûr, mais aussi privées, dont la tête est souvent tenue par des membres de grands corps de l’Etat, comme les inspecteurs généraux des finances dans les grandes banques.
L’Etat et ses émanations sont ainsi à l’origine de tout ce qui est important dans notre société. Ils en  ont naturellement tiré une tendance à minimiser, voire à combattre toute initiative qui prendrait naissance hors de leur giron. Le Pouvoir n’aime pas ce qui lui échappe. La France des 400 Fromages est le royaume de la diversité, mais elle est bien difficile à gouverner. Les gaulois individualistes doivent donc entrer dans le rang, et s’intégrer dans une France dominée par des gens sérieux, constituée autour de grands groupes. Description à l’emporte pièces, vous voudrez bien m’en excuser, et par suite inexacte, mais qui a la vertu de rappeler que le poids de l’Etat n’est pas une affaire de nombre de fonctionnaires, mais de positionnement. Toute mesure de rationalisation, ou tout objectif purement chiffré n’aurait aucun sens sans cette réflexion préalable et un consensus sur ses conclusions.
Le fait que le cantonnier soit fonctionnaire ou pas n’est pas le plus important. Il faut bien que le travail soit fait, et le statut de ceux qui le font est un élément d’appréciation comme un autre, au même titre que la qualité de leur management ou de leur formation. Il y a surement, dans le statut de la fonction publique, des points durs qui  freinent l’adaptation aux besoins du monde moderne, mais la société française dans son ensemble n’est pas exempte d’inerties. Dans les statuts comme dans les esprits. Il faut les identifier et les faire évoluer, et, si  la fonction publique ne peut échapper à cette nécessité, bien d’autres attitudes et positions sociales sont concernées au même titre.
Le risque est de se laisser obnubiler par le statut et le nombre, de se laisser éblouir, et de ne pas voir l’essentiel, ce rôle omniprésent de l’Etat, qui veut tout contrôler, au lieu de favoriser la créativité de la société, de l’écouter pour percevoir les pistes de progrès dont elle est porteuse, et l’accompagner pour que ces initiatives se déroulent dans les meilleures conditions.
Ce rôle d’accompagnement est difficile, et il semble moins valorisant que celui d’opérateur en direct. Le « coach » est souvent dans l’ombre, pendant que l’artiste est sous les feux de la rampe.  Il faut donc de la Vertu pour que ceux qui se pensent être les premiers de la classe, issus des Ecoles les plus prestigieuses, acceptent de rester en retrait, et laissent la gloire aux « entrepreneurs », au sens de l’esprit d’entreprise. Il faut veiller au grain, pour que l’enthousiasme de ces derniers, voire leur âpreté au gain, ne les entraîne pas vers des dérives irréversibles, et que les plus forts n’écrasent pas les plus faibles. Le principe de Précaution a été créé pour éviter ces excès, et pourrait être étendu à d’autres domaines que l’Environnement. Il faut évaluer, écouter, observer, et rediffuser l’information. Il faut identifier les Défis auxquels la société est confrontée, et mobiliser la société pour les relever. Il faut aussi lutter contre les conservatismes des iInstitutions et des corps établis, que le changement dérange toujours. Il faut permettre la rencontre entre acteurs, pour créer des situations de fécondation mutuelle.
Ce que l’on a appelé la « gouvernance à 5 », dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, constitue une tentative de réponse. L’Etat s’est positionné comme facilitateur, pour favoriser un dialogue, enregistrer ses conclusions, et traduire dans les textes ce qui le concerne. Il est vrai que l’effet de serre est un problème compliqué. On ne pourra pas parvenir au facteur 4, avec tous les efforts du monde, nous disaient certains rapports officiels. On a déjà fait tout ce qui est possible ! Et pourtant, c’est insuffisant. Comment faire, si ce n’est en faisant appel à la société ? La solution est introuvable au sein des institutions, alors allons la chercher ailleurs, bousculons le Paysage traditionnel !
La sortie de crise ne se fera pas sur les mots d’ordre négatifs, notamment de Réduction des effectifs, mais par la cristallisation des Volontés et des appétits  sur des objectifs ambitieux. Les apôtres de la bonne gestion, absolument nécessaires par ailleurs, sont mal placés pour insuffler la foi en l'avenir, qui permet d’accepter des sacrifices. Le développement durable est porteur à la fois de rigueur et d’ambition. Il offre un cadre idéal pour réfléchir à la place de l’Etat dans la société.

Chronique mise en ligne le 17 juin 2013

 

 

Mots-clés: culture, innovation, quotidien, service public

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