Politique

Epouvantail

Changer d'époque, de mode de vie et de façon de penser,voilà une épreuve redoutable. Un peu plus tard, Monsieur le bourreau ! Tout est bon pour rejeter les porteurs de progrès, notamment les épouvantails habilement manoeuvrés.

Il y a des épouvantails bien Utiles pour écarter toute idée nouvelle. Des groupes ou des idées que l’on agite pour justifier différentes mesures contraignantes.

Les spectres du désordre, du racisme, de l’intégrisme sont utilisés chaque jour pour verrouiller encore un peu plus la société. Dommage, au moment où il faudrait à l’inverse favoriser sa Créativité pour relever les Défis de ce siècle. Et en plus, comme ça ne sert pas à grand-chose, les problèmes demeurent, et les véritables solutions restent bloquées. Le développement durable est ainsi freiné par des épouvantails. Il faut les remettre à leur juste place, et les affronter avec sérieux.
L’Islamisme radical est un bel exemple des ces épouvantails. Il est le Prétexte à de nombreuses restrictions de liberté, y compris dans des pays réputés démocratiques comme on a pu le voir aux Etats Unis après le 11 septembre 2001. Il a aussi justifié le soutien sans faille à des régimes autoritaires. Il fallait bien constituer des remparts face à ces dangers.
La solution qui consiste à créer des barrages pour endiguer un flux ne sert que si l’on s’attaque par ailleurs audit flux, et que l’on parvient à le réduire progressivement. Le barrage ne suffit pas, il ne peut durablement tenir lieu de Politique. Maintenu, le flux finit par saper les bases du barrage, sans parler d’une conjoncture particulière, crise alimentaire par exemple, qui accentue la pression et finit par faire sauter les Ouvrages les plus résistants.
Vivre à l’abri d’un barrage est toujours dangereux. Une illusion de sécurité endort vite les populations. Les Précautions s’oublient, les contrôles se font plus lâches, le Coût de la vigilance apparait trop élevé et les moyens s’étiolent. L’abri devient un élément de vulnérabilité, au lieu d’être une Protection. C’est le contraire du développement durable. Cela est vrai de barrages Physiques, comme les digues qui se rompent un jour, ou une Nuit, où les éléments se déchainent tous ensemble. Cela est vrai aussi des barrages institutionnels, qui volent en éclat quand la Crise s’étend. 
En écologie comme dans la vie sociale, les barrages font souvent des dégâts. Les milieux sont artificialisés, appauvris. Dans le champ politique, le barrage est érigé par les Lois électorales. L’épouvantail du désordre ou celui du fascisme ont ainsi justifié un rétrécissement de la vie politique. Les modes de scrutin ont été choisis pour éliminer les gêneurs. Certains ont disparu de la société, avec leur Capital de créativité, d’autres sont restés, plutôt ceux qui se fondent sur des Valeurs de refus, de repli, qui perdurent plus facilement que les valeurs de créativité et d’ouverture. C’est comme les insecticides en Agriculture, ils tuent les « mauvais » insectes comme les bons, les prédateurs comme les auxiliaires des cultures. 
En Tunisie, l’épouvantail de l’islamisme a lontemps permis d’éliminer les partis démocratiques, alors que justement ils portent les valeurs du renouveau propre à résister à l’extrémisme religieux. Celui-ci prospère le plus souvent sur fond de crise sociale ou sociétale, il offre le recours au sacré pour résister au totalitarisme : un totalitarisme peut en cacher un autre, comme on l’a vu en Iran après la chute du Shah. Heureusement pour la Tunisie, les mouvements démocratiques ont pu survivre sur place ou en exil. Espérons que les soubresauts qui accompagnent inévitablement la chute des dictatures n’ouvriront pas un boulevard à d’autres velléités totalitaires.
En France, c’est l’Extrême droite qui justifie des lois qui tiennent à l’écart les formations politiques minoritaires. Victoire formelle des grands partis, mais trompeuse et doublement néfaste. D’une part parce qu’une réponse institutionnelle pourrait laisser penser que la question ne se pose plus, et dispenser d’une approche sur le fond. D’autre part par ce que sont éliminés - ou asservis - du même coup les groupes indépendants, ceux qui apportent à la vie politique sa créativité et ses capacités de renouveau. Les Mouvements innovants, non englués dans les Systèmes de pensée hérités d’une autre époque, sont marginalisés et tenus à l’écart des Institutions. Les grandes formations sont par nature conservatrices, avec leurs caciques qui contrôlent les rouages, et leur position dominante à défendre. La créativité les gêne, elle ébranle les certitudes, les positions traditionnelles. Elle pourrait déranger leurs électeurs.
Le mode de scrutin majoritaire protège les forts, il crée un état d’esprit défensif, refermé sur de vieilles structures de pensée. L’appauvrissement de la vie politique qui en résulte, la sclérose, au lieu de repousser la montée des extrêmes, la favorise en leur donnant l’argument de l’immobilisme et de la fermeture du « microcosme ».
Quand ils quittent les champs, les épouvantails de tous poils sont des instruments de repli sur soi et de conservatisme. Le développement durable est la création d’un monde nouveau, qui ne peut s’imaginer sans la plus grande liberté de pensée, et de penser à plusieurs.

 

 

Chronique mise en ligne le 23 janvier 2011

Mots-clés: compétition, progrès, complexité, peur

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