Politique

Ane

L’âne a rendu de rands services à l’humanité, et il a du caractère. Il ne boit pas quand il n’a pas soif. On peut aisément en tirer un enseignement pour la promotion du développement durable : il faut en donner soif, soif du développement durable, le rendre attractif au lieu de se contenter d’affirmer qu’on n’a pas le choix.

Le mouvement écologiste s’est progressivement orienté vers la défense contre les mauvais coups portés à la planète. Des atteintes globales, comme le réchauffement climatique ou la chute de la biodiversité, ou locales, comme la pollution de nappes phréatiques et les dégradations de la qualité de l’air dans les villes. Le concept de qualité de vie qui a donné son nom au ministère en charge de l’environnement pendant quelques années, a disparu des discours. Celui-ci s’est concentré sur le volet défensif, et n’offre pas de perspective positives pour notre futur. Juste éviter le pire.

Les amateurs de football savent bien qu’une équipe ne peut gagner en jouant que sur sa défense. Il lui fait aussi une attaque, et c’est cette dernière, qui, en définitive, fait vibrer les stades. En complément de l’écologie « défensive », il faut une écologie « offensive », celle qui fait rêver, qui propose un monde où la qualité de vie des humains se renforce tout comme la qualité des milieux naturels, et non à leur détriment. Une écologie qui donne des raisons positives de se battre. Pas « parce qu’on n’a pas le choix ».
Donner envie du développement durable, en s’appuyant sur des valeurs populaires, en vogue dans la société. Des références comprises de tous, qui renvoient à des images positives et attractives du futur. Pour illustrer cette approche, voici deux leviers qui occupent une place croissante dans notre société, et qui pourraient « soulever le monde » comme dirait Archimède. Il s’agit de la proximité et le la quête de sens. Deux leviers pour basculer vers le monde de demain, pour donner « soif » du développement durable.
Paradoxalement, la mondialisation renforce l’importance du local. Nous avons perdu la maitrise de notre propre vie, de notre avenir. La pandémie de la COVID 19 n’a fait que renforcer cette impression : un virus apparu à l’autre bout du monde, et qui bouleverse nos vies, nous confine, détruit nos entreprises. Un phénomène incontrôlable qui met en évidence notre dépendance à des intérêts lointains et sans doute indifférents à notre sort. Le retour du local comme unité de référence pour notre quotidien, déjà bien amorcé avant la crise, devient une demande de plus en plus partagée, et illustrée par les nombreux élans de solidarité. Des pratiques qui ont renforcé la conviction que beaucoup de solutions à nos problèmes se trouvent dans la proximité, qui sont sorties renforcées de l’expérience du confinement et qui entrent en résonnance avec les mesures proposées par la convention citoyenne pour le climat. Une approche qui n’a pas échappé au Premier Ministre, qui a mis les « territoires » au centre de sa politique.
La quête de sens est, tout aussi paradoxalement, fille de la société de consommation. Consommer pour consommer, travailler uniquement dans le but de consommer plus, ces excès produisent une réaction qui gagne régulièrement en puissance. En témoigne par exemple le manifeste des étudiants « pour un réveil écologique », concernant notamment la recherche de leur premier employeur. Ils observent « que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes ». Ils affirment leur volonté de choisir une entreprise en fonction de leurs convictions. Avis aux amateurs.
Voici donc deux leviers qui ont le vent en poupe, pour donner envie de transformer notre mode de vie, de production et de consommation. Il en serait bien d’autres, comme l’amour de la nature, dans un ordre plus affectif, des approches plus culturelles, privilégiant les émotions de toutes sortes et la découverte, ou encore le registre rationnel qui nous invite à « compter ce qui compte ». Il ne manque pas de leviers attractifs pour faire basculer le monde, qui seraient bien plus performants que les discours de peur du lendemain et de punition. Passer d’un mode « défensif », dont le mot d’ordre est « contre », à un mode « offensif », à structurer autour du « pour ».
Ces leviers ont un point commun. C’est l’humain qui en est le point d’appui, et non pas la planète. L’humain au cœur de la réflexion. Tout démarre avec lui, ses aspirations, ses envies, sa qualité de vie. C’est sur ce socle que l’on construit des politiques qui seront bénéfiques aussi à la planète, avec la proximité et la quête de sens comme principaux ingrédients. Elles restent à construire et à mettre en œuvre, et ce n’est pas gagné d’avance, mais l’inverse ne fonctionne pas. On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif.

 

Photo : Virginia Long / Unsplash

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