Organisations sociales

Transparence

transparence bud helisson kqguzgvYrtM unsplashUn mot ambigu, parfait pour illustrer notre ambivalence. Requise ici, elle est rejetée ailleurs, et ses modalités sont parfois surprenantes. Comment voir clair sur la transparence ?

Tantôt, il s’agit de ne rien cacher, même des choses très personnelles, pour des responsables de biens publics notamment, mais aussi des commerces : Nous voudrions bien savoir comment notre argent se diffuse sur la chaine de production, ou « de valeur », comment il « ruisselle ». Nous voudrions avoir de quoi sont composés les produits que nous achetons, d’où ils viennent, dans quelles conditions ont-ils été fabriqués, par qui, etc.


Il y a la transparence des salaires, pour contribuer à une meilleure équité. Bonne idée, mais nous savons bien que, dans les pays où elle se pratique couramment comme aux USA, les écarts de rémunération ne cessent de grandir. Transparence aussi des réseaux, des relations, des liens familiaux pour éviter tout conflit d’intérêt.
Voilà les « Pour ». Il y a aussi le « contre ».
Il y a la protection de la vie personnelle, pour les simples citoyens comme pour les personnes publiques. Le droit à la vie privée. Résistance, donc, à la diffusion d’informations nous concernant, même celles qui, agrégées, permettraient de résoudre des problèmes d’ordre général. C’est le cas des données de santé, qui pourraient aider la recherche à mieux comprendre nos fragilités, à analyser le cheminement des maladies dès leurs prémices. Résistance à tous les systèmes d’information sur nos modes de vie, mais résistance sélective.
Carte bancaire et smartphones, par exemple, nous rendent bien des services, la télévision captée par des box nous offre des loisirs et un accès à la culture, et nous oublions rapidement que ces instruments sont aussi des mouchards, qui nous suivent en continu et peuvent informer des gens que nous ne connaissons pas, et dont nous ignorons même l’existence. Et ne parlons pas des renseignements que nous apportons nous-mêmes en s’exposant imprudemment sur des réseaux sociaux ou par nos achats à distance. Nos déplacements, nos goûts, nos fantasmes sont ainsi à la merci de prédateurs et autres indésirables. Les atteintes à la vie privée sont acceptées, plus ou moins consciemment, quand elles sont la conséquence d’avantages dont nous disposons individuellement. Pour faire un parallèle, nous avons accepté que la voiture tue des milliers de personnes chaque année parce qu’elle nous offre des services. A l’inverse, quand ces entorses à l’intimité sont demandées à des fins collectives, la résistance s’organise vite. Les données sur la santé, évoquées ci-dessus, pourraient être fort utiles pour la recherche médicale, mais l’avantage ne nous apparait pas clairement, et nous avons des doutes sur le bon usage de ces données personnelles. Nous craignons un détournement, et nous avons raison, ce serait une atteinte grave à notre intégrité.
L’affaire des compteurs intelligents, Linky, illustre cette ambiguïté. La gestion de l’énergie au plus près des producteurs et des usagers, dans une stratégie d’autonomie énergétique des territoires, demande une information fine de l’offre et de la demande, dont nous n’avions pas besoin avec un système massif et très centralisé. Le développement des énergies renouvelables, d’intérêt local pour une bonne part, et dont le fonctionnement dépend pour certaines d’évènements météorologiques (vent et soleil) aléatoires, a changé la donne. L’intérêt de ces nouveaux compteurs est collectif, mais n’est pas évident pour chacun d’entre nous, qui se méfie de cette forme d’intrusion.
La transparence nous entraîne donc dans un monde plein de contradictions. Transparence totale ici, protection totale ailleurs, sauvegarde absolue de notre vie personnelle, ou tolérance en échange de certains avantages. Comment en sortir « par le haut » ?
Nous retrouvons la langue d’Esope, la meilleure et la pire des choses. L’information est devenue un puissant moteur de nos économies modernes, les « datas » et les « big datas » nous dirigent de plus en plus, avec le recours à l’intelligence artificielle. Les bénéfices à en attendre sont nombreux, mais les mauvais usages aussi, et il s’agit de faire le tri et d’éliminer les pratiques néfastes, pour notre qualité de vie personnelle ou pour la planète. Le moteur est puissant, mais le pilotage bien insuffisant. C’est là le point faible, et c’est là où l’effort doit être porté pour sortir de la contradiction.
En France, la commission nationale informatique et liberté, la CNIL, tient la fonction de régulation. Est-elle suffisante, ses moyens sont-ils à la hauteur, y a-t-il des « trous dans la raquette », voilà quelques bonnes questions à se poser pour progresser, et il restera l’approche internationale, où tout reste à faire, ou presque. Pour obtenir « the right transparence at the right place ».

Photo : Bud Helisson / Unsplash

Mots-clés: citoyen, usage, civilisation, état d'esprit

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