Organisations sociales

Télétravail

teletravail frederic dupont yPxuIQdJ0bE unsplashTélé, préfixe issu du grec, est devenu un must. Ça ne date pas d’aujourd’hui. La télévision s’est imposée et a profondément changé nos modes de vie, sans doute bien plus que la télépathie qui n’a d’ailleurs pas dit son dernier mot. Et il y a le téléphone, qui nous a aussi pas mal secoués, et les télécommunications dans leur ensemble, les téléphériques, etc. Dans tous les cas, il s’agit d’abolir les distances.
Le télétravail est ainsi rendu possible par les télécommunications. Le travail à domicile existe depuis toujours, mais réservé à quelques catégories de professions, certains artisans, agriculteurs, et une forme d’industrie qui distribue le travail, comme l’horlogerie et les organismes de précision. Dans le secteur tertiaire, il se développait péniblement en France, malgré bien des résistances, mais le COVID a brusquement changé la donne.

Notre vie quotidienne est concernée dans tous ses aspects, travail, vie sociale, loisirs. Certains de ces changements laisseront des traces, dont l'effet ne peut pas encore être bien évalué. Le télétravail était mal vu. Le patronat craignait de perdre le contrôle du personnel, et les syndicats voyaient d'un mauvais œil l'éloignement et la dispersion de leurs ouailles potentielles. La crise a balayé toutes ces hésitations, il a bien fallu passer au télétravail, et à marche forcée. Résultat : un assentiment du côté des employeurs comme des salariés. Quelques bémols, bien sûr, il faudra des ajustements car cette situation n'était guère prévue dans les codes et autres accords sociaux. Rien de plus normal, mais globalement, l'expérience a été bien vécue, et beaucoup souhaitent la prolonger et l'instituer comme la norme. Ce sont de nouveaux rapports sociaux qui vont se mettre en place, une autre relation au travail, une autre organisation personnelle pour harmoniser à la maison le boulot et la vie personnelle. C'est le côté "soft", et il faut que le "hard" suive. Une des conséquences touchera les logements et l'immobilier d'entreprise. Pour les premiers, la crise a été un révélateur de la capacité d’adaptation de l’habitat. Celui-ci n'est pas prévu pour le confinement, et encore moins pour travailler chez soi. Il va falloir trouver de la place. Et pourquoi pas, à cette occasion, changer de cadre de vie. La demande de maison individuelle a fait un bond. Si je ne vais au bureau que deux fois par semaine, pourquoi ne pas habiter plus loin, je suis encore gagnant sur mes temps de trajet. Je pourrais avoir un jardin, en plus de l'espace supplémentaire pour installer un poste de travail. Ce serait bien pour les enfants, pour mes loisirs, et mon prestige : c'est bien mieux que les "cages à lapins" des cités. Une demande sociale qui va évoluer fortement du côté des salariés, et qui trouve son pendant côté employeur. Plus besoin de bureaux, un pour chacun. Quelques postes de travail banalisés pour les passages des personnels étalés sur la semaine, notamment pour des rendez-vous, et davantage de salles de réunion, car quand ils viendront, ce sera pour les échanges à plusieurs, qui resteront nécessaires malgré les progrès des conférences vidéo. Quelle économie de surface ! Il faudra bien des locaux ou équipements d'un nouveau type, comme des douches pour ceux qui viendront en vélo, mais globalement, il faudra bien moins de mètres carrés, y compris pour les parkings compte-tenu de la rotation du personnel.
Le développement du télétravail va durement affecter nos parcs immobiliers, bureaux et logements, et peut-être aussi commerces avec le recours accru à l'achat en ligne. L’approche de la logistique et de l’organisation des stocks, pour une meilleure sécurité d’approvisionnement, devra aussi s’adapter. Au total, il faudra peut-être construire autant de mètres carrés, mais ils seront conçus et répartis bien différemment de ce qui se fait aujourd’hui. Une mutation à envisager comme une opportunité d'offrir un meilleur cadre de vie et de meilleures conditions de travail, pour que cette mutation soit "durable". L’architecte Jean-Michel Wilmotte, pense "qu'il faut inventer le 5% bonheur de vivre". 5% d'espaces partagés, conviviaux, dédiés aux relations sociales. "5% générosité pour la communauté". Une générosité rentable par ailleurs pour ceux qui travailleront à la maison, la qualité de leur cadre de vie ayant un impact sur leurs performances professionnelles. Un double dividende, pour la vie personnelle et le boulot. Les locaux des entreprises devront eux aussi proposer plus de convivialité, offrir plus d’opportunités de rencontre, pour compenser les effets négatifs du télétravail, qui pourrait dégrader la qualité des relations entre collègues qui se voient essentiellement en vidéo.
La nouvelle donne immobilière consécutive à la crise sanitaire sera une épreuve pour le secteur, mais elle contribuera à la transformation du parc. Celle-ci devait intégrer la lutte contre l’effet de serre, voilà une raison supplémentaire pour l’accélérer et d’élargir le champ de la rénovation. Résilience, meilleure capacité d’adaptation, et aussi qualité de vie des occupants et performance des entreprises. Des bénéfices multiples, dont l’obtention devrait figurer au cahier des charges des constructions neuves, et être visée dans les opérations de rénovation. Un véritable effort pour les professions de l'immobilier, aménagement, programmation, financement, conception, réalisation et exploitation, qui devront s'adapter à cette nouvelle demande. Un défi à relever, bien sûr, mais une étape sur le chemin du développement durable.

Photo : Frédéeric Dupont / Unsplash

Mots-clés: mode de vie, innovation, rénovation, comportement

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé