Organisations sociales

Plan

On ne parle plus de « plan », le mot semble avoir été banni. Chassez le naturel, il revient au galop ! Le concept perdure sous de nouvelles formes.

Nous ne sommes plus aux grandes heures de la planification soviétique, avec ses célèbres plans quinquennaux. Nous les avons remplacés par des engagements, des grandes messes suivies de déclarations solennelles, ou encore des directives européennes. Des Perspectives ambitieuses sont annoncées, et l’Environnement n’échappe pas à la règle : Réduction drastique de telle émission de Gaz  nocif, ou augmentation spectaculaire de telle performance. Le Grenelle de l’environnement illustre bien cette méthode de Travail, qui n’a rien à envier aux bons vieux plans, la fameuse « ardente obligation » selon De Gaulle. Y compris un certain scepticisme : Il est courant de s’interroger sur les chances de parvenir aux ambitions affichées en matière d’environnement.
L’on oublie souvent que les objectifs sont moins importants que l’organisation et la motivation nécessaires pour les obtenir. C’est la Dynamique qui compte, et celle-ci peut entraîner les acteurs bien au-delà des résultats annoncés.
20% d’énergies renouvelables (ou même plus), est-ce bien raisonnable ? Il va falloir booster les courbes actuelles de progression, et le simple prolongement des tendances passées ne permet d’assurer un tel résultat. Mais le fait de l’afficher conduit à s’interroger sur les facteurs de Progrès et les Freins, d’élaborer des stratégies, de fixer un cadre pour que chacun des acteurs s’accorde avec Les autres. Planifier consiste à faire ces inventaires et voir la manière de conjuguer les interventions de différents partenaires, chacun dans leur rôle : l’Etat sous ses différentes formes, les Professionnels du secteur concerné sur toute la chaine, du fournisseur de matières première au distributeur et au service après-vente, les institutions financières, banques et Assurances, etc. La question, fréquemment posée, des chances d’atteindre les objectifs n’a pas de sens en soi. Qu’importe de les atteindre avec un an de retard si la dynamique est enclenchée, si les acteurs ont pris conscience que leur intérêt est dans cette direction, si des habitudes de coopération sont prises.
La directive européenne des « trois vingt », 20% de baisse de la Consommation d’énergie, 20% d’Economies d’énergie, 20% d’énergies Renouvelables, est avant tout un cadre pour organiser un progrès collectif. C’est ça un plan moderne, et non pas la fixation autoritaire d’objectifs arbitraires. Il peut être tentant de charger la barque, de pousser les curseurs, et de renforcer l’ambition affichée. Pourquoi pas, si les décideurs sentent que les premiers objectifs sont à portée de main, et qu’il faut aller plus loin, mais attention à bien entraîner l’ensemble des acteurs, et à ne pas en décourager. Une autre formule consiste à se donner des rendez-vous réguliers, qui pourront rehausser le niveau des exigences en fonction des premiers résultats et des perspectives qui se dégagent. Il est bon de pousser au dépassement de soi, mais pas à l’exclusion des Moins bien préparés à l’effort.
Le Grenelle de l’environnement dans le bâtiment, avec la règlementation thermique qui la traduit, est apparu à beaucoup comme une aimable utopie. Un saut qualitatif impossible à réaliser en quelques années, avec les techniques, les professionnels, et les produits dont nous disposons. Il serait prématuré d’affirmer que les performances attendues seront intégralement obtenues, mais chacun s’accorde sur le « coup de fouet » que ces décisions ont eues sur les métiers du bâtiment. La « gouvernance à 5 » a eu ses effets, à la mesure de l’investissement politique lié au Grenelle. Les commissions du Plan, où toutes les parties étaient représentées, répondaient aux mêmes principes, et ont été fructueuses, mais elles ont perdues leur crédit, et ne pouvaient plus produire les mêmes effets. Il fallait renouveler le genre, mais il s’agit bien du même produit, avec un emballage rénové.
Ces chiffres qui figurent dans les « plans » ne sortent pas d’un chapeau. Ils correspondent à des exigences macro économiques, ou des Contraintes Physiques comme la maîtrise du réchauffement climatique. Il faudra bien s’y conformer d’une manière ou d’une autre, même si les signaux qui guident les acteurs économiques sont d’ordre micro et non macro économiques. Le plan donnera une vision claire des écarts entre ces deux points de vue, et proposera des Moyens de les accorder si nécessaire. Le marché donne les indications pour les transactions, mais il est myope, dit-on. Il ne voit ni loin ni large. Le plan apportera aux intervenants les signaux complémentaires pour intégrer la durée et les nécessaires solidarités.
Le développement durable a besoin de plans. Non pas d’oukases brutaux, mais de réflexions partagées sur la manière de relever, tous ensemble, les Défis que le monde moderne nous propose, le réchauffement climatique comme la lutte contre l’extrême pauvreté, la Richesse biologique des océans comme le vieillissement de la Population mondiale. Ce sont des combinaisons de Volontés et de savoir faire qui fonctionnent, beaucoup plus que des décisions individuelles, quel que soit le Talent de chacun. Un bon plan met ces talents en scène, pour les mettre en résonnance et à les amplifier.

Chronique mise en ligne le 23 août 2010

 

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