Organisations sociales

Opposition


Bien sûr, il faut s'indigner, et refuser l'inacceptable. Mais se complaire dans une opposition permanente et souvent factice n'est pas durable. Sachons débusquer les fausses opppositions pour relever les vrais défis.

Un souci abusif de simplification conduit souvent à chercher des oppositions là ou il n’y en a pas.

Le Débat est ainsi transféré d’un domaine pratique, fondé sur des exigences à satisfaire ou des Valeurs à défendre, à un domaine virtuel, voire fantasmagorique. Des Vérités vous sont assénées comme allant de soi, sans Doute révélées par quelque divinité, alors qu’elles ne traduisent que des positions de principe, souvent héritées d’époques antérieures et d’autres contextes. Le développement durable demande une réelle volonté de changement, mais aussi de réalisme et de lucidité. Il faut aller au-delà de ces oppositions formelles, pour se concentrer sur les vrais enjeux.
Un débat fréquent est le Statut de certains travailleurs. Il est de bon ton de dire qu’il y a trop de fonctionnaires en France, et une Politique affichée est leur réduction. Le sous-entendu – parfois explicité d’ailleurs - est que le Travail sera mieux fait et à moins de frais, que le service répondra mieux au besoin puisque les usagers seront devenu des Clients. Il faut croire que la gestion publique est moins rigoureuse, ou plus contrainte, que la gestion privée.
La question des contrôles aux aéroports vient de relancer le sujet. Les sociétés – privées - de surveillance sont prises en défaut par des journalistes qui font passer des armes malgré les portiques et fouilles au corps. On retrouve là des a priori simplistes, contredits d’ailleurs par le fait qu’aux Etats-Unis, pays où ce sont des fonctionnaires fédéraux qui sont aux commandes de la sécurité, il y a autant de failles. Au-delà des statuts, c’est bien leur Compétence qui est en cause, le nombre d’heures de formation et leur Qualité, l’organisation du travail sur place. Il est possible d’avoir des fonctionnaires sous-formés comme des « privés » sur-formés, tout dépend de la Volonté que l’on exprime et des Moyens que l’on y met. Avec des diplômes et des accréditations, la puissance publique peut parfaitement mettre la barre assez haut, mais il faudra alors en payer le Prix. Rappelons-le, un service public peut parfaitement être rendu par le secteur privé, avec un contrôle de l’Etat. C’est courant par exemple dans le domaine de la Santé, avec des professions réglementées. Ne nous trompons pas de cible, et privilégions les résultats aux moyens, qui sont en général multiples et qui doivent être optimisés au coup par coup.
A l’inverse, fonder des politiques sur des statistiques et des taux, comme un taux de fonctionnaires à réduire coûte que coûte, est dangereux pour ne pas dire imbécile. Ce serait accepter que le secteur public soit par essence moins efficace que le privé. Si cela est vrai, pourquoi s’y résigner, et si cela est faux, pourquoi devenir l’otage d’une statistique ? Il y a des fictions qui circulent ainsi, des objectifs abstraits, des idéaux imaginaires, chargés de significations multiples souvent sans lien direct avec la réalité du Vécu. Le développement durable nous invite à ne pas se succomber aux charmes de ces sirènes, et à rester lucides.
Ce site évoque à travers de nombreux mots la question des Prélèvements sociaux et fiscaux. Là encore, les leurres sont nombreux. Réduire un prélèvement obligatoire de Droit pour qu’il devienne un prélèvement obligatoire de fait ne constitue pas forcément un Progrès. Il peut l’être s’il ouvre une variété de réponses possibles à la place d’une solution Unique, mais encore faut-il que le prix de cette nouvelle Offre ne soit pas incontrôlé. Un prélèvement pour des transports collectifs performants peut se révéler bien plus avantageux que de laisser à chacun la liberté de trouver une solution individuelle. Celle-ci sera souvent bien plus coûteuse que la solution collective, et exclura de fait une partie de la population du droit à la mobilité. Un appauvrissement général en serait la conséquence, avec, réaction en chaine, l’obligation pour les Pouvoirs publics d’augmenter les Impôts pour maintenir ses Finances malgré cet appauvrissement. Un bon prélèvement peut s’avérer une bonne affaire pour tout le monde.
D’une manière générale, peut-être la télévision et ses Lois en sont la cause, la tendance est à la bipolarisation, au binaire. Blanc ou noir, avec derrière un penchant pour le duel , pour reprendre le titre d’une chronique radiophonique. Nous sommes bien loin du développement durable, qui propose, à l’inverse, d’entrer dans la complexité des choses, et de sortir des contradictions par le haut. C’est ainsi que l’on oppose ce qui doit être conjugué. 
Citons quelques couples pour illustrer cette dérive vers des affrontements spectaculaires mais stériles, et souvent destructeurs. Equité et efficacité, opposition qui justifie que la première soit négligée ; responsabilité et solidarité, comme si un Système organisé de solidarité n’exigeait pas de ses bénéficiaires le sens de leur responsabilité ; individualisme et collectivité, comme si le groupe où l’on se développe n’était pas constitutif de sa personnalité ; Prévention et répression, deux facettes de la même médaille ; Local et global réunis depuis longtemps dans l’expression penser globalement, agir localement. On pourrait décliner à l’infini ces oppositions factices, qui ne font que détourner les esprits des vrais débats et de la variété extrême des situations. 
Les Défis à relever en ce 21e siècle sont assez nombreux pour ne pas se laisser entraîner vers des combats artificiels qui masquent le plus souvent l’incapacité de ceux qui nous les proposent à changer d’époque.

 

 

Chronique mise en ligne le 17 janvier 2011, au lendemain des évènements de Tunisie

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