Organisations sociales

Inversion

On prend parfois ses désirs pour des réalités, mais souvent aussi les contraintes pour des objectifs, ou des moyens pour des fins. Une inversion qui brouille les cartes du développement durable.

La lutte contre le réchauffement climatique offre une nouvelle légitimité à la demande d’une aide massive des pays les plus pauvres par les pays les plus riches. A juste titre, si l’on en juge par les responsabilités des pays industrialisés de longue date, qui ont remis en circulation atmosphérique un maximum de carbone fossile dans une époque conquérante, et qui aujourd’hui encore consomment bien plus, par habitant, que les pays du Sud.



Attention toutefois aux modalités d’attribution de ces aides. On le sait bien, la pauvreté sévit souvent dans pays les plus riches en Ressources minières, Pétrole et uranium par exemple. Les aides déstabilisent souvent les pays qui les reçoivent, surtout si le modèle de développement largement diffusé reste le mode de vie  occidental. Tout cet argent tend alors, d’une manière ou d’une autre, à suivre ce modèle, ce qui revient à le rendre aux pays d’origine, et à accroître le fossé entre les Envies et le possible. Bonjour les frustrations et le ressentiment qui en résulte. Un expert du développement des pays pauvres, Muhammad Yunus,  nous met d’ailleurs en garde : J’ai toujours eu la certitude qu’éliminer la pauvreté de la planète était davantage une affaire de volonté que de moyens financiers. […] La charité, de son côté, ne résout rien. Elle ne fait que perpétuer la pauvreté en retirant aux pauvres toute initiative (1).
Le néocolonialisme n’est pas loin, surtout si l’Argent est conditionné par l’adoption d’une attitude, d’un mode de pensée, d’une organisation sociale issus d’une Culture dominante bien éloignée de celle des Populations que l’on dit « bénéficiaires ». Le réchauffement climatique est d’ailleurs suspecté d’être une manière pour certains pays industrialisés d’imposer leur point de vue au reste de la planète. En demandant un autre développement, ils semblent vouloir laisser tout nouveau venu à la porte du banquet de l’abondance.  Le Risque d’incompréhension est grand, surtout si les Aides ne contribuent pas à réduire les inégalités. 
Ce ne serait pas la première fois que les instruments créés pour une bonne cause se retournent contre elle.  Ce phénomène d’inversion est fréquent, il est même inscrit dans la logique des choses, si l’on n’y prend pas garde.
La Crise financière nous a montré que la Finance, qui doit offrir à l’économie l’accès aux liquidités dont elle a besoin, a instrumentalisé l’économie au lieu de la servir. On parle de vraie économie, comme si celle des financiers était fictive. Quant à l’économie elle-même, elle doit être au service de l’Homme, comme chacun sait, mais on voit bien que c’est souvent l’inverse qui se passe. Cette inversion est normale, la logique de l’instrument aspire à dominer la raison pour laquelle il a été imaginé. Comme on en a besoin, on accepte la règle qu’il impose même si elle devient excessive. Avec son allégorie du cheval mangeur, Alfred Sauvy nous avait mis en garde contre une « modernité » fallacieuse, qui coûte plus Cher qu’elle ne rapporte(2).
Dans un autre ordre d’idées, l’idée de faire financer les Programmes de télévision par de la Publicité est une chose, la publicité au service des programmes, mais la Dérive est tout près, concevoir les programmes pour faire valoir la publicité. Les deux ont partie liée, bien sûr, mais comment garder un équilibre pour que la finalité, la satisfaction d’un besoin d’information ou de divertissement, ne soit pas mise au service des modalités de financement.
Abandonnons l’argent pour parler d’énergie dans les bâtiments. Il faut les isoler au maximum, mais on ne construit pas des maisons pour faire des économies d’énergie. C’est pour offrir à des êtres humains des lieux de vie sains et agréables.  Attention de ne pas confondre Qualité de l’habitat et Economies d’énergie. Cette dernière est une Contrainte, lourde de conséquences et il faut la respecter, mais n’inversons pas les finalités, comme pourrait le faire craindre en France l’accent mis sur la rénovation thermique des logements, et à Copenhague  la déclaration de l'Union internationale des architectes, où la recherche de la qualité de vie des occupants semble perdue au milieu de mille autres préoccupations.

 

La Fin justifie les moyens, dit-on, mais nous savons qu’il existe des moyens injustifiables, humainement ou écologiquement. Il se trouve en plus que les moyens ont une fâcheuse tendance à se substituer à la fin, ou à lui imposer sa Loi. Une tendance « naturelle » contre laquelle il faut s’organiser, au nom du développement durable. Ça fait partie de la « bonne gouvernance ».


(1) Vers un monde sans pauvreté, Muhammad Yunus (trad. Olivier Ragasol Barbey et Ruth Alimi), éd. Jean Claude Lattès, 1997 
(2) La théorie générale de  la population, tome 1, Economie et population. Alfred Sauvy. Presses universitaires de France, 1956


Chronique publiée le 12 décembre 2009 , revue le 23 mai 2011

Mots-clés: ressources, crise, énergie, pauvreté

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