Organisations sociales

Cadre

Les solutions aux problèmes que nous rencontrons dépendent souvent du cadre de la réflexion, aussi bien pour en poser convenablement les termes que pour identifier des voies de progrès. Les retraites nous en offre un magnifique exemple.

La réforme des retraites revient au centre de l’actualité. Pas étonnant, puisque les précédentes réformes n’ont pas apporté de réponse durable à a question. Tout se passe comme si on étalait un effort, en demandant à chaque fois d’aller un peu plus loin, mais sans jamais s’attaquer au fond du problème, la transition démographique en cours dans nos sociétés, dans la perspective de la stabilisation de la population mondiale. Le cadre de la réflexion est bien trop étroit, et ne permet pas d’aller vers la bonne réponse.

Comment trouver un nouvel équilibre économique et social avec une pyramide des âges très différente de celle qui caractérisait la France en 1945 ? La croissance démographique permettait de maintenir un ratio cotisant/retraité, et par suite le prélèvement nécessaire pour assurer les retraites, à un niveau favorable. Cette croissance ne peut, par nature, être infinie, et vient le moment de la stabilisation. Elle peut être retardée, par des mesures favorables à la natalité, mais serait-ce une réponse durable ? Ce serait reporter l’épreuve sur nos enfants, et dans des conditions sans doute encore plus délicates. Ne confondons pas les aides de nature sociale, qui permettent à chaque couple de choisir le nombre de ses enfants sans contrainte d’ordre économique, et les incitations natalistes, dont l’objectif est d’influencer le comportement des ménages.

L’équation à résoudre doit donc l’être maintenant, sans bénéficier des facilités qu’apportait la croissance de la population. Une heure de vérité en quelque sorte, que les décideurs politique tentent de « lisser », de faire durer pour la rendre plus acceptable. Des « petits pas », toujours dans la même direction : prolonger la vie « active ». La démographie est appelée à la rescousse. Puisque nous vivons plus longtemps, il est normal de travailler plus longtemps. Le cadre de travail est ainsi fixé, avec ses limites et sa logique interne.

Le développement durable consiste souvent à revenir sur ces cadres de « prêt à penser », souvent non discutés, et pris pour une évidence. Leurs limites sont un frein à l’imagination, alors qu’il s’agit au contraire d’ouvrir le champ du possible. Il n’y a pas de solution durable au problème des retraites sans remise en question du cadre même de la réflexion. Celui-ci est souvent confiné. Quatre paramètres semblent déterminants : l’âge de la retraite « officielle », la durée de cotisation, le montant des pensions et  le taux de prélèvement. La réflexion doit aller bien au-delà.

L’une des hypothèses implicites est que les retraités sont des « inactifs », qu’ils ne contribuent plus à la richesse du pays, et qu’ils ne constituent donc plus que des charges. Hypothèse fausse, aussi bien en économie formelle qu’informelle, et de nombreuses études en attestent. Une autre donnée de base est que ce sont les actifs ayant un emploi qui payent les retraites, grâce aux cotisations que leurs salaires déclenchent, salariales et patronales. Ils apportent effectivement une contribution importante, mais ils sont loin d’être les seuls. Le budget de l’Etat pour les fonctionnaires et la CSG, sont deux autres sources dont la part ne cesse de croître dans le financement des retraites. L’impôt est largement mis à contribution. Pour en finir avec les erreurs de cadrage, mentionnons également la conception de la retraite comme un « salaire différé », bien mérité par le travailleur. C’est effectivement une forme de rémunération du travail accumulé au cours des années, mais c’est aussi la distribution d’un pouvoir d’achat nécessaire pour le bon fonctionnement de l’économie. Pour ne prendre qu’un exemple, la moitié des voitures neuves, en France, sont achetées par des retraités.

L’approche purement comptable de la retraite ne permet pas de trouver de bonnes réponses. Il faut élargir de cadre, et traiter de toutes les manières de produire des richesses dans les sociétés modernes, aux besoins nouveaux qui s’expriment souvent en dehors du champ traditionnel de l’économie, au statut et au rôle social que peuvent jouer les jeunes seniors pour y faire face, au bon usage de ces années de « vie en plus » dont nous bénéficions aujourd’hui, sans parler de paramètres plus classiques tels que la productivité du travail et les migrations, pour le plus grand bénéfices des pays d’accueil comme d’origine.

Le cadre du débat sur les retraites s’inscrit dans celui plus vaste de la transition démographique dans laquelle le monde est engagé, avec les nouvelles organisations sociales qui en découlent. La simple prolongation de la durée « officielle » du travail lui-même « officiel » ne peut apporter que des solutions bancales et provisoires, avec l’inconvénient en plus de faire d’un bienfait, l’allongement de la durée de vie, un casse-tête et une source de déceptions.

Chronique mise en ligne le 26 aout 2013

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