Une campagne pour les fleurs sauvages

Elisabeth Trotignon
Campagne & Compagnie, 2017



Un ouvrage mêlant l’érudition et la poésie, sans compter les nombreuses photos, qui donnent la part belle au Berry, mais pas seulement. Une histoire naturelle des plantes sauvages, au sens propre puisque c’est l’histoire de nos campagnes et de nos jardins qui nous est comptée, au filtre des fleurs sauvages.
L’histoire commence aux temps où se distinguaient l’ager et le saltus, les sols cultivés et les autres, réservoirs de plantes innombrables, chacune avec ses vertus réelles ou supposées.  Des plantes appropriées par les paysans, et que l’on retrouve parfois grâce à la toponymie. Plantes et lieux sont intimement liés.
Vous connaissez la suite, l’agriculture se modernise, les plantes sauvages doivent trouver de nouveaux refuges, que le paysagiste Gilles Clément appellera le « tiers paysage », « ensemble des délaissés du territoire dont la fonction évidente – et désormais nécessaire – est d’accueillir les espèces qui ne trouvent place ailleurs ». Les villes et leurs pavés figurent au nombre de ces refuges, avec les herbes qui poussent dans les moindres interstices.
Désormais nécessaire, nous dit Gilles Clément, pour lutter contre l’érosion de la biodiversité, mot savant qui témoigne du fait que « les plantes sauvages appartiennent désormais au monde très savant ». L’auteure nous le rappelle avec une pointe de nostalgie et un zeste d’amertume : « C’est ainsi que s’est créé un fossé entre le botaniste « pointu » et rigoureux, le citadin fantasmant les plantes sauvages et l’agriculteur qui les a oubliées. Hier le paysan vivait tout naturellement à leurs côtés ».
Les plantes sauvages sont revenues à la mode, avec de nouveaux usages, sorties botaniques, stages, rencontres et cours de cuisines, blogs spécialisés, et livres, bien sûr, dont celui qui vous est présenté.
Elisabeth Trotignon poursuit son histoire des plantes sauvages, et nous entraîne dans les prairies. Prairies naturelles, puis artificielles, avec une « frontière entre prés et emblavures » qui s’atténue. Heureusement les prairies traditionnelles perdurent, avec leurs fleurs sauvages qui donnent des fromages si appréciés : « Le Saint Nectaire, par exemple : le fromage se fabrique sur la base d’un lait unique. A la belle saison, les vaches ont croqué les fleurs de gaillet vrai (Galium verum) à odeur de miel et de tilleul, d’achillée millefeuille (Achillea millefolium) au parfum musqué, quelques feuilles de bétoine officinale (Stachys officinalis) de goût légèrement camphré. D’où une pâte de belle couleur, plutôt jaune, une douce odeur, un goût marqué, un peu « animal » qui sent l’herbe fraîche, la fleur pâturée dès le printemps ». Nous entrons ensuite dans les jardins, « jardins nourriciers » avec « les herbes de la campagne en appoint », et un aperçu de l’alimentation paysanne traditionnelle.
La fresque historique d’achève avec un regard sur le nouveau « saltus », tel qu’il subsiste aujourd’hui. Il reste des terres trop arides, pierreuses ou humides. « Des coteaux secs et des fonds mouillés », des brandes (ou landes). Ce sont aussi les bas-côtés, les délaissés de coin, les fossés, au milieu de champs cultivés. C’est là que se sont réfugiées les plantes sauvages.
Avant de nous livrer une abondante bibliographie, Elisabeth Trotignon passe en revue quelques herbes dites « mauvaises », mais qui ont aussi des vertus : l’ortie, la ronce, le chardon, le pissenlit, etc. Elle nous met aussi en garde contre le colchique et la renoncule, belles mais vénéneuses !
Un très beau livre, ou l’utile et l’agréable, le savant et le quotidien se côtoient. Nous devenons plus intelligents et y prenons plaisir.

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