Si le temps le permet

Stéphane Cordobes
© Berger-Levrault, 2020


Un livre en forme d’application de celui de Bruno Latour, Où atterrir ? Une application dans une terre qui pourrait préfigurer le sort de la planète entière : Saint Pierre et Miquelon. Le sous-titre exprime les intentions de l’auteur : Enquête sur les territoires du monde anthropocène.
Anthropocène, un mot pour désigner une nouvelle ère géologique définie à partir des effets de l’action des hommes sur la planète. L’ouvrage est le fruit d’une mission réalisée par Stéphane Cordobes à l’automne 2019, et se présente comme une série de courtes notes au sein d’un album photographique.
Nous sommes dans une ambiance de fin du monde, dominée par le souci du temps dans tous les sens du mot, le temps qui passe et le temps qu’il fait, qui conditionne tous les projets. Nous sommes loin du constat qui avait pu être tiré de la première édition de l’indicateur Happy Planet Index, HPI (1), en 2006. Les îles du pacifique, Vanuatu en tête, apparaissaient comme les plus sages, celles qui étaient parvenu à conjuguer au mieux le bonheur des humains et la prospérité de la planète. L’insularité comme source de sagesse ? Ce n’est pas la situation que Stéphane Cordobes découvre à Saint Pierre et Miquelon, loin de là. Ce serait plutôt une image de ce qui nous attend si nous ne changeons pas de modèle. « Même là où un effondrement est déjà advenu, on n’en tire pas d’enseignements conséquents ». Après l’effondrement de la pêche, voici la montée des eaux, résultat bien visible du réchauffement climatique, avec des risques de submersion qui ont conduit à déclarer le bourg inconstructible, et à se résigner à quitter les lieux pour des zones plus sures. Des évènements qui ne semblent pas avoir changé les mentalités, toujours attachées à un rêve de modernité. « Être convaincu de la catastrophe imminente ne suffit pas à faire taire les controverses et à déclencher la mobilisation collective ». La « bifurcation écologique » doit aussi être mentale. « Partout dans le monde moderne, les velléités de protection de la nature heurtent les us et coutumes… ». Et les nouvelles générations, malgré leur attachement à l’île, n’y voient plus leur avenir et cherchent à la quitter.
Pour « élaborer un nouveau projet anthropo-politique », Stéphane Cordobes propose de s’appuyer sur les territoires, mais en privilégiant une approche sensible, avec une large place à l’expérience esthétique. « Un impératif d’ajustement anthropologique et de refondation politique », un beau projet pour les territoires.

1 - Voir la chronique Bonheur

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé