Sapiens

Une brève histoire de l’humanité
Yuval Noah Harari
Albin Michel, 2015

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« Voici soixante-dix mille ans, Homo sapiens n’était encore qu’un animal insignifiant qui vaquait à ses affaires dans un coin d’Afrique. Au fil des millénaires suivants, il s’est transformé en maître de la planète entière et en terreur de l’écosystème ».
Sapiens est un livre d’histoire. Pas d’histoire évènementielle, avec des guerres et des conquêtes, mais une histoire construite à partir des moteurs qui ont provoqué les changements profonds dans nos sociétés, nos modes de vie, nos capacités de production, nos relations avec notre écosystème. Une histoire qui s’est enrichie de nombreuses découvertes récentes, qui éclairent nos connaissances d’un jour nouveau.


En premier lieu, Sapiens lui-même. Il n’était pas l’unique rejeton d’une évolution, mais un parmi d’autres, qu’il a fini par éliminer, tout en en gardant des restes dans son ADN. Qu’est-ce qui lui a donné l’avantage décisif qui lui a assuré la victoire ? « La capacité de transmettre des informations sur des choses qui n’existent pas ». C’est la révolution cognitive. Elle a permis à des groupes humains de dépasser l’effectif d’une grosse centaine d’individus, qui constituaient les groupes sociaux les plus importants des grands primates et des autres Homos. Des groupes unis par l’adhésion à des mythes et toutes sortes de fictions, et acquérant ainsi la puissance nécessaire pour évincer d’autres groupes dont les individus semblaient a priori mieux dotés. La culture et l’immatériel plus forts que les contraintes de l’intendance et de la vie quotidienne. L’imagination au pouvoir, pourrait-on dire.
L’auteur visite ensuite les grandes époques historiques, au filtre d’évènements majeurs tels que la révolution agricole, l’apparition des villes, l’écriture, la monnaie, les empires, les religions, le capitalisme, l’industrialisation. Une étape semble essentielle dans l’histoire de Sapiens : la découverte de l’ignorance. « Le souverain prémoderne typique donnait de l’argent aux prêtres, aux philosophes et aux poètes dans l’espoir de les voir légitimer son règne et maintenir l’ordre social. Il n‘attendait pas d’eux qu’ils découvrent de nouveaux médicaments, inventent de nouvelles armes ou stimulent la croissance économique ». Les religions avaient réponse à toutes les questions importantes. Les curieux et les sceptiques étaient pourchassés. Ce n’est que depuis 5 siècles, à l’époque de la découverte de l’Amérique notamment, qui l’ignorance a obtenu droit de cité. « L’empressement à avouer son ignorance a rendu la science plus dynamique, souple et curieuse que toute tradition antérieure en matière de savoir ».
Le sapiens en a-t-il été plus heureux ? Les historiens « se sont rarement donné le temps de se demander en quoi tout cela – politique, société, économie, genre, maladies, sexualité, alimentation, habillement - influence le bonheur ». La difficulté à mesurer le bonheur en est peut-être la cause, mais la question reste entière, dans une fuite en avant qui nous ramène au mythe de Gilgamesh, de l’antique Sumer, qui voulait « vaincre la mort ». Une recherche toujours d’actualité, avec le génie génétique, la bionique, le cyborg et l’homme augmenté, mais qui pourrait sonner la fin de Sapiens : « Le Dr Frankenstein est juché sur les épaules de Gilgamesh ». Sapiens remet en cause Darwin, en s’affranchissant de la sélection naturelle, au profit d’un « dessein intelligent ».
Mais à défaut du bonheur, l’insatisfaction domine toujours les humains, qui font « des ravages parmi les autres animaux et dans l’écosystème ».
Un livre étonnant, très riche et documenté, qui donne matière à réflexion sur l’humanité et son écosystème.

 

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