Psychologie des foules

 

Gustave Le Bon, PUF, 1963

1963 est la date de la réédition de ce livre publié en 1895. Un livre de référence, donc, qui nous intéresse particulièrement en ce siècle de charnière, le 21e, qui verra la population mondiale se stabiliser et les ressources naturelles durement mises à l’épreuve.

Un nouveau monde est à construire, c’est justement ça le développement durable, et cela ne sera pas possible sans l’adhésion active de tous. La psychologie des foules est plus que jamais d’actualité.
Les foules sont de nature diverses, et ne sont pas que l’effet du nombre, ni de la concentration en un point. Le village planétaire, que Gustave Le Bon aurait eu du mal à imaginer il y a cent ans, produit des foules dispersées au 4 coins du monde, de même qu’aujourd’hui comme sous la 3e république, un jury d’assise ou le parlement peuvent constituer une foule à leur échelle. La télévision accentue sans doute l’aspect « foule » de ces assemblées. La foule constitue un être nouveau, avec son « âme » propre. Elle n’est « nullement somme ou moyenne des éléments, mais combinaison et création de nouveaux caractères ». La Révolution française offre un vivier d’illustrations de cette constatation : « C’est ainsi que, parmi les plus féroces Conventionnels se trouvaient d’inoffensifs bourgeois, qui, dans les circonstances ordinaires, eussent été de pacifiques notaires ou de vertueux magistrats ».
Pour apprécier l’ouvrage, il convient bien sur de le dégager de ses aspects datés, et de certains engagements personnels de l’auteur, par exemple sur l’instruction et l’éducation. Les foules de Gustave Le Bon ne réfléchissent pas, la raison leur est étrangère. Elles sont mues par des moteurs profonds, ancrés au fond des cultures populaires, et qui les peut les conduire au meilleur comme au pire. Elles emportent l’individu et l’amènent à se dépasser, à quitter un univers rationnel et maîtrisé, pour l’entraîner dans l’aventure. Elles sont irresponsables, et transmettent ce sentiment d’irresponsabilité à chacun de ses membres. Le résultat est souvent consternant, mais parfois, au contraire, il est surprenant par la mobilisation provoquée pour de grandes causes. Le printemps arabe, pour se situer dans l’actualité, souhaité par beaucoup mais tellement inattendu, illustre cette capacité au dépassement de soi quand une perspective attractive séduit la foule. La Révolution française, avec ses bons et ses mauvais côtés, entre dans la même logique.
Gustave Le Bon propose une grille de lecture de cette psychologie des foules, et analyse les ressorts qui font bouger l’opinion des foules, ou, au contraire, les constantes auquel il est vain de s’attaquer. Un traité sur la manipulation des foules ? Pas vraiment, tant l’auteur semble résigné devant la force (pas toujours tranquille) des foules. On trouvera dans cet ouvrage de nombreuses pistes sur l’imaginaire des foules, leurs croyances et la manière dont elles peuvent évoluer, le rôle des « meneurs », et bien, d’autres indications sur le rôle des religions et des cultures. A revisiter, bien sûr au siècle de la télévision, de Face Book et d’internet.
Un petit livre rouge, bien différent de celui de Mo, mais que ce dernier n’aurait pas désavoué !

 

 

 

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