Propos écologiquement incorrects

Max Falque
Libréchange, 2015

propos

Voici un livre engagé. Max Falque est un libéral convaincu, pour qui le droit de propriété est la solution à nos problèmes, y compris ceux d’environnement. La « main invisible » du marché est dotée d’un « pouce vert ». La préface d’Alain Madelin annonce d’ailleurs clairement la couleur.
Un livre d’histoire, aussi. Il est constitué de 10 articles publiés entre 1975 et 2003 (d’autres tomes viendront poursuivre l’histoire par la suite, celui-ci étant le premier), avec pour chacun un rappel du contexte. C’est donc une trentaine d’années qui nous sont ainsi comptées, un petit tiers de siècle, et une époque sensible, celles où se sont forgées les premières politiques de l’environnement, peu après la naissance du ministère de ce nom. Une épopée, pourrait-on dire, où tout était à construire, ou presque car pour certains sujets, comme les sites, les parcs nationaux et l’eau, des mesures avaient été prises antérieurement.
Max Falque nous livre donc son approche, orientée et historique, mais source de réflexion que les porteurs de l’environnement et du développement durable auraient tout intérêt à exploiter, quelles qu’en soient les conclusions qu’ils en tireront. La vérité appartient rarement à un seul camp, et les échanges, les confrontations, sont toujours enrichissantes, à condition de les aborder avec un esprit ouvert et constructif. On y trouvera notamment des références américaines bienvenues pour élargir le champ de la pensée sur l’environnement.
10 articles, 10 thèmes toujours sensibles, le plus souvent relatifs aux territoires, pour lesquels le lecteur trouvera matière à réflexion : Zonage et environnement, les leçons de l’échec américain (1975) ; libéralisme et environnement (1986) ; crise environnementale : science ou politique ? (1991) ; immigration et tragédie du libre accès (1991) ; écologie et liberté (1992) ; l’indemnisation des servitudes (1993) ; idéologique bureaucratique et économie de l’environnement, le cas de la France (1995) ; droit de propriété et environnement (1998) ; la propriété en commun, un outil de protection et de gestion à long terme (2003) ; le consensus de Copenhague, une autre version du développement durable selon Bjorn Lomborg (2003).
Le ton volontiers provocateur de Max Falque a le mérite de casser la langue de bois et ainsi d’initier une réflexion sur des bases élargies, mais il ne favorise pas la sérénité dans les échanges. Il est permis de le regretter, car ce ton aura pu susciter un réflexe de rejet a priori, à la suite des piques multiples adressées aux pouvoirs publics et à leurs serviteurs, ou encore à des acteurs généreux mais naïfs. Un réflexe qui détourne l’attention du contenu du propos, des concepts et des approches qui méritent la débat : Des démonstrations semblent parfois plus proches d’une profession de foi ; les illustrations retenues pour les conforter seraient plutôt des exemples de maladresse des intervenants que des preuves d’une défaillance des politiques. Il y a dans cet ouvrage une abondante matière à réflexion et à controverse, et c’est un grand mérite pour répondre à l’immense besoin d’innovation que suscite le développement durable.

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