Pour une philosophie politique écologiste

 


Fabrice Flipo
Textuel, août 2014


Le titre est explicite : Fabrice Flipo plaide pour l’émergence d’une philosophie politique spécifique du mouvement de pensée écologiste. Un objectif qui relève d’une prise de position, celle d’un acteur engagé, mais dont l’évidence n’est pas vraiment démontrée par son ouvrage. Y a-t-il vraiment besoin d’une philosophie politique écologiste ?

Effectivement, comme FF le montre dans des chapitres fort bien documentés, les philosophies qui ont inspiré socialisme et libéralisme sont impuissantes à rendre compte de la réalité nouvelle créée par ce qu’il appelle « l’écologisme ». Au-delà de ces philosophies qui sous-tendent les mouvements politiques, c’est toute la « critique sociale » qui est embarrassée, et qui ne sait quelle place accorder à l’écologisme, souvent réduit à des approches sectorielles et techniciennes, voire technocratiques, avec, dans les cas extrêmes, un « écofascisme » en perspective.
L’auteur nous présente un excellent résumé de la place de l’écologie dans les principaux mouvements philosophiques, et c’est là la principale vertu de cet ouvrage. L’écologisme apparaît comme une vision critique de la modernité, un rejet des approches traditionnelles du progrès, où « la quête de productivité contribue à structurer l’ensemble de la société ». Cette originalité du mouvement écologique ne s’est pas traduite en une « théorie qui se constitue en référence unanime, ou encore moins centrale ». De grandes figures de la philosophie se sont bien sûr engagés sur ce terrain, et FF en cite notamment quatre, Jean-Paul Sartre, André Gorz, Jean Baudrillard et Yvan Illich, apportant ainsi des premières contributions. Pour Baudrillard, il s’agit notamment d’une réaction à la société de consommation, qu’il présente comme une « mutation fondamentale de l’espèce humaine ».
Nous sommes bien sur des questions de fond, bien au-delà des approches techniciennes, malgré l’intérêt que celles-ci peuvent représenter. Faut-il pour autant une vision philosophique unique pour l’écologisme ? Est-ce nécessaire pour bousculer une société enfermée dans des approches et des modes de pensée traditionnels ? La « minorité active » écologiste en a-t-elle besoin, alors que Serge Moscovici, évoquant les différents leviers utilisables, insiste sur l’importance des contextes ?
« L’écologisme est un mouvement de la société civile », avec une évidente diversité, souvent source de moquerie. Cette diversité n’est-elle pas aussi sa force ? L’analyse de FF des autres philosophies politiques montre que l’écologisme leur échappe. On peut y voir un signe de la nouveauté fondamentale de ce mouvement, qu’il faut peut-être laisser vivre librement, sans chercher à lui donner de référence philosophique unique, alors qu’il se nourrit de multiples contributions. La production philosophique sur l’écologie se développe, multiforme, et c’est là l’essentiel.

 

 

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