Où atterrir ?

Comment s’orienter en politique
Bruno Latour
©La découverte, 2017 

Un livre puissant et fort utile pour comprendre l’actualité marquée par les gilets jaunes, le grand débat, le Brexit et l’Europe. Au confins de la philosophie, de la sociologie et de la politique.
Au commencement sont trois phénomènes, le réchauffement climatique, la montée des inégalités et la mondialisation, avec leurs conséquences sur les mouvements de population. « Tous se retrouvent devant un manque universel d’espace à partager et de terre habitable ». Un constat qui entraîne que « ni la souveraineté des états ni l’étanchéité des frontières ne peuvent plus tenir lieu de politique ».  Ce qui en tient lieu, c’est le déni du réchauffement climatique, cheval de bataille de Donald Trump et des nantis de ce monde qui ont compris que la Terre ne pourrait pas accueillir tout le monde, et tentent de s’accaparer les espaces dont ils ont besoin.
Bruno Latour propose une analyse originale du conflit Global/local, qui souffre d’une ambigüité originelle. Il y deux visions opposées de mondialisation, la Plus et la Moins. La première signifie « qu’on multiplie les points de vue, qu’on enregistre un plus grand nombre de variétés, que l’on prend en compte un plus grand nombre d’êtres, de cultures, de phénomènes, d’organismes et de gens. » La seconde vise à faire « décroître le nombre d’alternatives sur l’existence et le cours du monde, sur la valeur des biens et la définition du Globe ». Le local aussi présente deux facettes opposées : Le local Moins, de « ceux qui veulent être tenus, protégés, assurés, rassurés par leur province, leur tradition, leur sol et leur identité », et le local Plus, de ceux qui pensent « qu’il est normal, qu’il est juste, qu’il est indispensable de vouloir conserver, maintenir, assurer l’appartenance à une terre, un lieu, un sol, une communauté, un espace, un milieu, un mode de vie, un métier, un savoir-faire ». 
Pour dépasser ce conflit improductif, Bruno Latour propose d’autres pôles, des « attracteurs », qui permettent de proposer des conflits plus constructifs, correspondant aux enjeux d’aujourd’hui. Voici l’attracteur « Terrestre », qui tient à a fois au sol et au global. Nous avons connu une poussée « moderniste », pour un progrès qui refuse d’accepter la finitude du monde, fondé sur « une forme d’utopie de plus en plus vague, au fur et à mesure que la Terre allait manquer à lui donner corps ». Une vision qui explique la virulence du discours négationniste à l’encontre du dérèglement climatique. Il s’agit aujourd’hui de revenir sur terre, d’atterrir, pour reprendre le titre du livre, et de participer au processus que représente la nature, fragile, sensible. L’attracteur Terrestre hérite du sol la matérialité, mais aussi du monde « l’enregistrement des formes d’existence qui interdisent de se limiter à une localité, de se tenir à l’intérieur de quelque frontière que ce soit ».
« Que faire ? D’abord décrire », décrire les « terrains de vie », dont un terrestre dépend pour sa survie. Les « cahiers de doléances »  de 1789 constituent un exemple (qui retrouve aujourd’hui toute son actualité) de cet exercice de description de terrain de vie, base de la reconstruction de l’attracteur Terrestre, pour donner les bons repères pour nous orienter en politique, et nous dire « où atterrir ».
 

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