Les manchots de la République, Un an aux Kerguelen

Yann Libessart, Préface d’Isabelle Autissier
Les Petits matins, 2009



Un journal de bord, tenu par le chef du district des Kerguelen, Disker dans le jargon local, d’aout 2007 à août 2008. Un regard sur les hommes et la nature dans cette France australe, les TAAF, terres australes et antarctiques françaises. Une île grande à peu près comme la Corse, juste un peu plus petite, et dont la population a culminé à 240 personnes, en 1975, année où « Port aux Français prit des allures de Baïkonour ». Port aux Français est le siège de cette communauté composée aujourd’hui d’une soixantaine de résidents, administratifs, scientifiques, techniques, sanitaires, agricoles, etc. qui peut grossir jusqu’à la centaine en été austral, pour des programmes particuliers de recherche.
Yann Libessart décrit la vie quotidienne de ce micro-peuple, et il en profite pour nous rapporter les rêves et les phantasmes que ces îles lointaines ont pu provoquer, à commencer par ceux de leur découvreur, Yves de Kerguelen, à la recherche de nouvelles Amériques à offrir à Louis XV. Une terre à exploiter au profit de la France, à défendre contre ses ennemis et autres pirates qui viennent piller ses ressources marines. Stations baleinières et exploitation de l’huile des animaux marins, tentative d’exploitations agricoles originales avec moutons, mouflons et rennes, sans oublier les truites et les ombles dans les rivières, recherche de minerais, et le fameux pas de tir pour des expériences curieuses sur les aurores boréales. Autant d’initiatives qui ont marqué ce territoire loin de tout, où savants du CNES, d’Intercosmos et de la NASA ont cohabité pacifiquement en pleine guerre froide. Beaucoup de projets sans suites, heureusement, tels que le projet de centre de détention envisagé au moment de l’abolition de la peine de mort en France.
Ne subsistent aujourd'hui que deux grandes activités, la pêche, ou plutôt la protection de la zone de pêche dans la plus grande ZEE (zone économique exclusive) de France, et la recherche scientifique. Celle-ci revêt de multiples aspects, les plus populaires, biologiques, avec les manchots, les albatros, et autres éléphants de mer, et les autres, sur les mouvements des masses d’air et d’eau. Le réchauffement climatique est au cœur de ces programmes, mais pas uniquement : la présence de milieux protégés des influences de la vie industrielle, offre des points de référence pour mieux comprendre le fonctionnement des organismes vivants et leur comportement face à des intrusions diverses.
Un livre bien documenté, une entrée en matière vécue dans un univers unique, et qui témoigne, comme le relève Isabelle Autissier, de « l’enthousiasme, voire la passion, et toujours la nostalgie que ces îles suscitent parmi ceux qui ont eu le privilège d’y séjourner ».

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