Les jardiniers de la nature

Serge Bahuchet
Odile Jacob, 2017

jardiniers de la nature

Serge Bahuchet est ethnoécologue. Il s’intéresse aux hommes, notamment dans leurs groupes sociaux, et à la nature, plus précisément aux hommes dans la nature. Comment ils la considèrent, l’exploitent, en jouissent d’une manière ou d’une autre. Et cela dans l’histoire et la préhistoire, autant qu’on puisse le déduire d’observations sur des restes datant d’il y a quelques milliers d’années.
Ce sont les relations de l’Homme et de la nature, son milieu de vie, qui nous sont décrites en détail. Une présentation en deux parties : la principale par le volume, sur la manière dont l’Homme, depuis son apparition sur terre, s’est intégré dans son milieu, pour y trouver le gîte et le couvert, et même plus dans les représentations qu’il s’est données des éléments ; la seconde, centrée sur le monde d’aujourd’hui et la puissance des moyens d’intervention de « l’Homme moderne ». Cette deuxième partie nous touche plus particulièrement, car elle nous met devant nos responsabilités, avec la perspective de la finitude du monde.

Revenons à la première, sur la manière dont l’humanité a influencé la biodiversité. C’est l’histoire d’une co-évolution, d’une influence réciproque et d’une adaptation permanente à des conditions changeantes. L’auteur insiste tout particulièrement sur la relation Homme – animal, le monde sauvage, apprivoisé ou domestiqué, la chasse, la pêche, l’élevage. Une relation très intime, fondée sur une connaissance fine de chaque espèce. Vous apprécierez les « zoom » sur les sociétés de pêcheur, par exemple.
Autre volet de cette présentation générale, l’alimentation. Nous nous nourrissons de produits naturels, transformés grâce au feu notamment. La recherche de nourriture a transformé notre milieu de vie, les habitudes alimentaires orientant le regard des Hommes sur les ressources dont ils disposent et la manière de les gérer. Nature sauvage, jardins et vergers, influence de nos habitudes alimentaires sur notre environnement, autant d’angles d’attaque pour comprendre la relation homme-nature et son évolution. La « nature » peut d’ailleurs prendre des formes surprenantes, comme les bactéries et autres micro-organismes, qui permettent la fermentation et la conservation des aliments, ou encore les épices, qui donnent du goût et, grâce à « leur composés défensifs, notamment antioxydants, antimicrobiens et antiviraux, combattent les microbes qui se développent sur nos aliments et ainsi réduisent les intoxications alimentaires ». 
Le dernier volet de l’approche générale est relatif à un milieu de vie, la forêt, avec un distinguo entre la forêt tempérée, en Europe ou au Japon, et la forêt équatoriale, et les civilisations qui en sont issues.
La partie « moderne » est d’une autre nature. Les impacts des activités humaines, et notamment de l’alimentation, de plus en plus carnivore, sur la biodiversité et les ressources de la planète, ont changé d’échelle. « Les perturbations observées […] résultent d’entreprises d’exploitation issues de la civilisation et de l’économie des Occidentaux ». La civilisation urbaine qui nous éloigne de la nature et artificialise nos rapports avec les autres êtres vivants. Le constat d’un appauvrissement de la biodiversité nous conduit à multiplier les mesures de protection, à étendre les territoires sanctuarisés, parfois au détriment de leurs populations d’origine, mais ces dispositions ne sont pas parvenues, à ce jour, à endiguer la dégradation. L’auteur passe en revue les conventions internationales et les approches économiques des « services écosystémiques », et regrette le cloisonnement de fait entre la conservation et la valorisation des ressources. L’opposition se crée ainsi entre conserver et développer, alu lieu de rechercher comment conserver en développant . Serge Bahuchet plaide, « pour conclure temporairement » son ouvrage, pour « un nouvel humanisme de la nature » où les valeurs sociales rejoignent celles de la biodiversité, avec une conviction particulièrement forte pour l’ethnoécologue : « le bien-être des uns ne peut pas se construire durablement sur le mal-être des autres ».

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé