Le Rapport Stiglitz

Note de lecture

Le Rapport Stiglitz
Pour une vraie réforme du système monétaire et financier international
Joseph E. Stiglitz
Les Liens qui Libèrent 2010

 


Un autre monde est possible, selon le célèbre slogan. Et il s’impose, pourrait-on ajouter, à l’analyse des crises multiples que nous connaissons depuis quelques années, alimentaire, climatique, énergétique, financière, parties visibles d’un iceberg aux multiples facettes. Le Rapport Stiglitz met en évidence les causes profondes de ces dérèglements.

L’accumulation d’immenses besoins mondiaux non satisfaits (dont la riposte au défi du réchauffement de la planète et l’éradication de la pauvreté) dans un monde caractérisé par des capacités de production inutilisées et un chômage de masse est inacceptable.
Le constat global est clair : L'intégration économique (la « mondialisation » économique) est allée plus vite que le développement d’institutions et de mécanismes capables d’assurer convenablement la gouvernance du système économique mondial .
Ce travail original, demandé par Miguel D’Escoto Brockmann, président de l’assemblée générale des Nations Unies de septembre 2008 à septembre 2009, a mobilisé un groupe d’experts de provenance diversifiée, Ouest et Est, Nord et Sud, spécialités et approches complémentaires. Une commission d’experts a des avantages évidents, nous dit Joseph Stiglitz. Elle peut être directe dans ses analyses des causes et n’a pas besoin d’être diplomate dans ses blâmes. Au chapitre des solutions, elle peut lancer des idées neuves (…) Ces idées neuves n’auront probablement pas de traduction immédiate dans l’action publique, mais elles peuvent contribuer à fixer un ordre du jour pour l’avenir.
Allons donc droit au chapitre des propositions, dont nous retiendrons quelques idées fortes.
- L’ONU doit être le cadre de référence, malgré les réticences de quelques pays, dont bien sûr les USA. C’est le seul lieu où tous les pays sont représentés, et non une sélection comme les G7, ou 20 ou plus encore.
- L’OMC, qui vogue indépendamment de la flotte Onusienne, doit y être rapatriée. C’était d’ailleurs prévu ainsi dans les accords d’après guerre, précisément par la charte de la Havane (1948) qui avait décidé de la création d’un OIC, organisation internationale du commerce, qui n’a pas vu le jour. Il y a eu à la place le GATT et l’OMC, dans leur monde à part.
- La gouvernance du système économique mondiale doit être confiée à un « Conseil de coordination économique mondial », placé au même niveau que le Conseil de sécurité. Il recevrait « pour mandat d’évaluer les évènements et de jouer un rôle de dirigeant dans le règlement des problèmes économiques qui exigent une action mondiale, tout en prenant en compte les facteurs sociaux et écologiques ».
- Il y a besoin d’un groupe d’experts sur l’économie équivalent à celui qui existe sur le climat, le GIEC. Ce groupe comprendrait des spécialistes venus de tous les continents, dont les analyses s’inscriraient dans une perspective longue et multidisciplinaire.
- Des banques régionales de développement auraient pour mandat de réduire la pauvreté et de promouvoir le développement durable et la croissance… . Ce mandat fera une place important à la fourniture de biens publics mondiaux et régionaux, comme le climat.
Il y a de nombreuses autres recommandations, notamment sur la gouvernance des institutions financières actuelles, mais arrêtons là la liste, puisqu’il ne s’agit dans une note de lecture que de donner un aperçu de l’ouvrage.
Un ouvrage riche, parfaitement documenté, qui fait le procès d’un fondamentalisme aussi dangereux que bien d’autres : celui du marché. C’est le premier principe mentionné par le rapport : rétablir l’équilibre entre le marché et l’Etat.

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