Le parlement des invisibles


Pierre Rosanvallon
Editions du Seuil, janvier 2014


Il s’agit d'un manifeste, de la figure de proue, d’une collection et d’un site Internet "Raconter la vie". Objectif : animer une « démocratie narrative ». L’écriture du « roman vrai se la société française ». Nous sommes tous invités à y contribuer « en rejoignant raconterlavie.fr ».
Pierre Rosanvallon part du constat que de plus en plus de nos concitoyens se sentent abandonnés. « La démocratie est minée pare le caractère inaudible des toutes les voix de faible ampleur, par la négligence des existences ordinaires, par le dédain des vies jugées sans relief, par l’absence de reconnaissance des initiatives laissées dans l’ombre. (…) car une vie laissée dans l’ombre est une vie qui n’existe pas, une vie qui ne compte pas ».



Le déficit de représentation revêt des formes multiples : La référence à une société sans nuance, « masse indistincte », qui occulte la diversité des situations personnelles et collectives, ou à des groupes caricaturaux, les banlieues, les bobos, etc., qui conduisent à des préjugés ; le fossé entre la société et les élus censés les représenter ; la nature même de la société moderne, où l’individu a pris plus d’importance que les groupes sociaux de jadis.
Pierre Rosanvallon fait abondamment référence à la situation de la France au lendemain de la révolution de 1789, période marquée par une recomposition de la société et la perte de repères qu’elle a entraînée. C’est alors la littérature qui s’et engagée, et qui a décrit la condition des français de cette époque : Balzac, Hugo, Zola, Flaubert, pour citer les plus célèbres, mais aussi la chanson et la poésie ouvrière, moins connus mais dont Eugène Sue nous dit « qu’à défaut de représentation politique, ces ouvriers ont créé une sorte de représentation poétique ». Le mouvement n’est pas que français, et l’école de Chicago nous donne une bonne illustration d’autres formes qu’il a pu prendre, notamment dans la grande dépression des années 30 et au lancement du new deal de Franklin Roosevelt.
C’est ce mouvement que Pierre Rosanvallon veut dynamiser, non sans en avoir reconnu des formes plus récentes. Entrer dans la complexité de la société du 21e siècle, ses aspirations et ses talents. A défaut d’une représentation politique, assurer ainsi une reconnaissance de cette richesse, et favoriser son épanouissement. Dresser en continu un état de la société et de ses aspirations, en guise de « bilan de compétences » nécessaire pour imaginer un futur durable.

 

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé