Le nucléaire au prisme du temps

 

Sous la direction de Sophie Bretesché et de Bernd Grambow
Presse des Mines, 2014

C’est le mot « temps » qui est important, dans le titre. Nous sommes en plein développement durable, c'est-à-dire dans la prise en compte du temps, avec une confrontation d’échelles.

Le temps géologique, le temps d’exploitation d’une mine, le temps de production d’énergie, et le temps de vie des déchets.
Voilà un beau travail d’universitaires, un travail collectif de 11 chercheurs réunis par l’école des Mines de Nantes, sociologues, physiciens, philosophes, chimistes. Une série d’articles, certains parfois un peu rébarbatif pour les profanes, il faut bien le dire, répartis en trois grands chapitres qui suivent le cycle du nucléaire : « Le temps oublié des mines d’uranium » ; « les temps cycliques : le choix des réacteurs du futur » ; « le temps éternel des déchets à vie longue ». « Cette relation singulière entre le temps de la matière radio active et le temps de l’expérience humaine constitue l’une des énigmes du « fait nucléaire » et invite à croiser des regards pour appréhender ce phénomène ». Cet ouvrage s’efforce de « croiser des savoirs en sciences physiques et en sciences sociales autour de l’analyse d’un même objet ».
C’est donc l’histoire de télescopages, de confrontations. Elle se manifeste tout d’abord sur les sites miniers. Des « équilibres naturels millénaires établis », 50 années d’exploitation, plus de 50 millions de tonnes de déchets radioactifs directement issus de cette exploitation (stériles et minerai de teneur insuffisante), plus de 200 sites qu’il faut suivre dans la durée. Des échelles de temps différentes aussi selon le point de vue où l’on se place : Etat et CEA, société exploitante, mineurs, riverains, élus locaux, etc. Une confrontation intéressante pour des raisons historiques, mais aussi en lien avec les débats actuels sur le gaz de schiste.
Le temps de l’exploitation électronucléaire offre ici l’occasion d’évoquer les différentes filières envisageable pour la 4e génération de centrales, au regard des questions de sécurité. Le cas du plutonium est particulièrement intéressant. Il fait partie des actinides, ces éléments créés par les réactions nucléaires, et qui n’existent pas dans la nature. A la différence des autres, il se recycle, ce qui « légitime le fait que cette matière ne soit pas considérée en France comme un déchet, mais comme une matière valorisable (…) Le très long terme se concevait donc au CEA comme un cycle fermé du combustible ».
Le temps éternel des déchets radio actifs, enfin. Nous retrouvons les temps géologiques, et la confrontation de phénomènes de nature différentes : La stabilité des formations géologiques, l’évolution des matériaux exogènes et des ouvrages de stockage, la migration des radionucléides, les effets des microorganismes… Des phénomènes de temps long.
Le nucléaire révèle magnifiquement la délicate question du temps. « A la science de l’espace ne correspond aucune science analogue du temps ». Une constatation d’Hegel qui nous est-il utilement rappelée en conclusion de cet ouvrage. Le débat sur le temps est omniprésent, mais concentré sur les échelles humaines, temps de travail, de loisir, durée de vie. A l’heure du développement durable, il faut aussi prendre en compte le temps très court et le temps très long. « Le nucléaire au prisme du temps » nous ouvre la voie.

 

 

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