Le bon gouvernement

Pierre Rosanvallon
Editions du Seuil, aout 2015



Le fait générateur, nous dit Pierre Rosanvallon, est la « prédominance de l’exécutif ». La démocratie s’est concentrée sur la représentation, et a négligé le gouvernement. Une carence grave aujourd’hui où les exécutifs ont pris l’importance qu’on leur connait, en France et dans de nombreux pays du monde. Nous voici plongés dans l’univers de la gouvernance, volet déterminant du développement durable.


Le bon gouvernement s’inscrit dans une réflexion de longue haleine, dont la première expression mentionnée par l’auteur dans son introduction date de 1992, avec « Le sacre du citoyen, histoire du suffrage universel en France ». « En démocratie, les citoyens n’acceptent pas qu’un gouvernement puisse se comporter en père, en maître ou en dieu ». C’est donc sur l’attitude des gouvernants et les méthodes de gouvernement qu’il faut s’interroger. Nous nous sommes trop longtemps contentés d’assurer une bonne représentation, il faut prolonger la démocratie dans la sphère de l’action. « Les citoyens veulent être écoutés, reconnus pour ce qu’ils sont, informés, traités avec respect, associés aux décisions. Dans ces conditions, ils sont même plus facilement disposés à accepter des choix publics qui peuvent leur être personnellement défavorables ». A l’inverse, « une institution opaque produit un effet de domination, même si le titulaire de la charge a été élu. (…) Les décisions prises en catimini font pratiquement retourner à un pouvoir arbitraire ».
C’est dans l’exercice du pouvoir que se porte aujourd’hui l’exigence, alors que l’on a longtemps cru que la désignation du détenteur du pouvoir réglait la question de la démocratie à elle toute seule. Pierre Rosanvallon plaide pour une « démocratie d’appropriation », avec de nouveaux rapports gouvernés-gouvernants, et une « démocratie de confiance ». Il en décrit les prémices et les grands principes : lisibilité, responsabilité, réactivité, parler vrai, intégrité.
C’est une « démocratie d’exercice » qui nous est proposée, avec ses organes et ses règles du jeu. Une démocratie « fonctionnelle », dont la vocation est d’obtenir l’assentiment du plus grand nombre, en complément de la démocratie d’orientation, reposant sur l’élection et « naturellement conflictuelle ». Une démocratie pour « retrouver un rapport positif à l’avenir », lequel ne ressortit plus « du don ou du miracle », mais le « capacité de faire consciemment l’histoire ». Une deuxième révolution démocratique.

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