Le biomimétisme : s’inspirer de la nature pour innover durablement

Patricia Ricard, CESE, septembre 2015

Une fois n’est pas coutume, cette note de lecture est consacrée à un ouvrage édité par les journaux officiels. Un rapport et un avis du Conseil économique, social et environnemental, centré sur une question de développement durable, le biomimétisme.

Si vous ne savez pas ce que c’est, vous n’êtes pas excusable car il vous a été présenté dans ce site en décembre 2011, dans une note de lecture. Vous faites partie, toutefois d’une large majorité de Français visé par l’avis du CESE, qui déplore le peu de visibilité de cette approche : la première proposition du CESE est de « donner de la visibilité au biomimétisme ». 3 autres familles de propositions figurent dans l’avis du CESE : « lever les obstacles aux applications du biomimétisme » (mais on pourrait développer ce vœu pour le développement de nombreuses autres sources d’innovations), « ancrer le biomimétisme dans le paysage éducatif » (de l’école à l’enseignement supérieur), et « progresser vers la durabilité », pour faire du biomimétisme un véritable levier des transitions en cours, écologiques et énergétique.
Le travail de la rapporteure, Patricia Ricard, fait le tour de la question, en reprenant les origines de la démarche et son utilisation dans de nombreux domaines, l’agriculture, la construction, la chimie, etc. Elle décrit les trois sources d’inspiration de la démarche : les formes, les procédés et matériaux, et les écosystèmes. Les propositions ont été validées par tous les groupes du CESE, et c’est sur ce point que je voudrais insister.
Le CESE s’est vu attribué un « E » supplémentaire, pour environnement, à la suite du Grenelle de l’Environnement. Le besoin d’une instance consultative de haut niveau pour donner des avis sur les questions d’environnement est ancien. Il a trouvé une réponse variable, haut comité de l’Environnement, conseil pour le droit des générations futures, conseil national du développement durable, et j’en oublie surement. Il a été trouvé plus judicieux d’étendre les compétences de l’ancien CES que de créer une instance spécifique, tout simplement parce que tous les domaines sont en lien avec l’environnement, soit qu’ils soient impactés par la prise en compte de l’environnement, soit, à l’inverse, que l’environnement soit impacté par elles. Nous sommes bien dans une approche développement durable. Cette solution permet de concrétiser la gouvernance à 5, initiée au Grenelle : Etat, collectivités locales, représentants des salariés, des entreprises et des associations.
Chaque groupe du CESE a ainsi pu donner son point de vue sur le sujet, avec parfois une dose d’hypocrisie : comme pour la prose de M. Jourdain, de nombreuses professions découvrent qu’elles pratiquaient le biomimétisme depuis toujours. Le principal bémol vient du groupe CFDT-UNSA, qui « considère que nous sommes restés au milieu du gué », et aurait préféré une étude plus approfondie. Malgré cette réserve, il a voté l’avis, comme tout le monde. Le groupe de l’agriculture tient « à faire comprendre que tous les systèmes de production agricole cherchent à se rapprocher le plus possible des fonctionnements naturels, car ce sont les plus efficaces ». Voilà qui fait plaisir à entendre. Sans prétendre transcrire l’étendue des débats, voici quelques déclarations de groupes : « Le biomimétisme requiert une vision globale, systémique des enjeux, ne sacralisant pas la nature et tenant compte de l’intervention de l’homme sur l’environnement au cours du temps » (groupe de la CGT). « Etudier la stabilité de la tête du cygne ou la solidité du fil d’araignée afin de développer un système de suspension pour drones ou des gilets pare-balles, tels sont les réalisations concrètes issues du biomimétisme » (CGT-FO). « Ce sujet n’est pas théorique. Il s’agit de rechercher, parmi les multiples modèles vivants dans la nature, l’inspiration de nouveaux modes de production et de fonctionnement, plus économes en ressources, déchets et énergie… » (Entreprises). « … le biomimétisme, en s’inspirant des fonctions et de l’organisation du vivant, peut être source de réconciliation de la biosphère et de la technosphère » (Environnement et nature). « S’appliquant à tous les domaines d’activité, c’est un secteur porteur d’efficacité et de performance » (Mutualité). « Le frein majeur à son développement est le manque de matière grise pour les extraire, les utiliser et créer de la valeur économique » (Professions libérales). La recherche et l’enseignement sur le biomimétisme sont les deux axes de travail le plus largement retenus par l’ensemble des groupes.
Les rapports et avis du CESE sont le fruit d’un travail de l’ensemble des groupes, et c’est ce qui en fait la richesse. Le CESE est un lieu d’échanges, où tous les acteurs se parlent librement. Les rapports qui en résultent sont souvent originaux et innovants, mais leur influence reste modeste. Les vrais décideurs, les politiques, inscrits dans leurs postures électorales, ignorent le plus souvent ces travaux, au point qu’ils finissent par désirer la mort du CESE. Quand on veut tuer son chien …
Vous l’aurez compris, cette « note de lecture » poursuit deux lièvres à la fois, comme il sied en matière de développement durable : présenter un ouvrage lié au développement durable, et faire la promotion de la « troisième assemblée », souvent dénigrée. Ce n’est pas si difficile, les deux lièvres courent dans la même direction !

 

 

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