La nouvelle société de la connaissance

 Joseph E. Stiglitz et Bruce C. Greenwald
Les liens qui libèrent, novembre 2017

 

Voilà un livre paradoxal. D’un côté un aspect très professoral, un livre issu d’une série de conférence pour des économistes chevronnés ; et de l’autre, la confirmation de nombreuses idées que chacun peut avoir spontanément, comme l’importance de l’apprentissage dans nos sociétés en perpétuelle évolution. Et ça fait du bien de voir ainsi confortées des hypothèses empiriques, qui passent ainsi d’un statut de « croyance » à celui de vérités scientifiques.
Un livre professoral, donc, avec de nombreuses références. La bibliographie compte 45 pages… et un livre qui nous donne « une vision nouvelle de la croissance, du développement et du progrès social », pour reprendre son sous-titre. Les « capacités d’apprendre et d’apprendre à apprendre » sont au cœur de la réflexion, une qualité qui conditionne l’avenir de chaque pays : « un pays dont la capacité d’apprendre est inférieure à celle de ses concurrents sera distancé dans la course ». Les auteurs reprennent notamment le concept d’avantage compétitif cher à Schumpeter, mais en distinguant un avantage « statique » d’un avantage « dynamique ». L’exemple de la Corée du Sud est présenté à plusieurs reprises dans l’ouvrage. En se limitant à l’avantage statique, elle serait restée un champion de la riziculture, mais elle a fait le choix d’un avantage dynamique, fondé sur l’acquisition de connaissances nouvelles et l’apprentissage, et vous connaissez le résultat. C’est un choix courageux, un pari sur l’avenir, et nous savons que tous les paris ne sont pas gagnants. Il faut se donner les moyens d’un tel choix. Les auteurs présentent les instruments qui permettent à un Etat de stimuler l’apprentissage, les obstacles à surmonter, et le rôle des politiques publiques en la matière. Ce dernier point est très important, car il y a derrière les questions des régulations à apporter au libéralisme, du libre-échange et du commerce extérieur, de la protection de la propriété intellectuelle, des incitations des pouvoirs publics. Vous l’aurez compris, la société de la connaissance ne va pas de soi, il y a besoin d’interventions de l’Etat pour « créer des économies apprenantes et innovantes. Les marchés ne le font pas spontanément ».
Parmi les avantages d’une économie innovante, les auteurs proposent les « débordements », à savoir des effets externes positifs dont bénéficient plusieurs acteurs et la société toute entière, et pas seulement les exploitants directs des innovations. Une forme double dividende, comme on les aime en matière de développement durable.
Il y a aussi des freins, des obstacles et des pièges. Les croyances et les présupposés, les fictions qui encombrent nos esprits et dont nous avons du mal à se défaire. Des tentations de rétention et les barrières à la circulation de l’information, comme le secret industriel, qui empêchent les échanges qui produisent l’innovation. L’irruption de l’open source est à ce titre un phénomène très favorable. Il y a aussi la concurrence exacerbée, et une libéralisation des échanges sans précaution, qui peuvent étouffer toute velléité d’apprentissage, en favorisant à l’extrême l’avantage compétitif « statique » au détriment de l’avantage compétitif « dynamique ». Il y a enfin l’instabilité, qui détruit les organisations et notamment des entreprises au sein desquelles s’effectue la transmission des connaissances.
Une part importante de l’ouvrage est consacrée à un tour l’horizon des politiques publiques, et de la manière dont elles peuvent favoriser l’éclosion ou la consolidation d’une économie d’apprentissage : politiques industrielle, financière, culturelle, sociale, migratoire, juridique (propriété intellectuelle), etc.
Un bon livre pour apprendre !

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