La grande transformation

Comité 21, Février 2020

« Nous avons besoin d’une boussole ». Tel est l’objet de ce « rapport prospectif », fruit du travail de 2 ans d’un comité réuni sous la présidence de l’économiste Philippe Dessertine. Vous n’aurez pas de boussole clé en main, mais vous y trouverez ce dont vous avez besoin pour naviguer vers le développement durable. Il s’agit d’une transformation profonde, « La grande transformation », dont nous voyons de multiples manifestations, mais souvent hésitantes, isolées, fragiles et peu soutenues. Le défi du changement d’échelle est à relever, qui nécessite des repères pour garder le cap tout en évitant les récifs – les freins développés dans le rapport – et en profitant des vents favorables - les leviers proposés -.
A l’opposé des discours sur l’apocalypse ou l’effondrement, les auteurs du rapport considèrent que « les défis pour surmonter ce moment critique sont à portée de la capacité humaine de transformation ». La trajectoire actuelle, fruit d’une « économie planétaire devenue hors sol », n’est pas bonne. Les objectifs de développement durable, les 17 ODD, des Nations Unies donnent une grille de lecture des progrès à faire, et le constat est alarmant sur 4 d’entre eux : les inégalités, le changement climatique, la biodiversité et les déchets. Comment retourner la tendance ?
Les freins à la transformation sont multiples, d’ordre technologique, économique, sociétal et politique. Le rapport en fait une analyse fine, pour déceler les manières de les desserrer. Certains sont très profonds, comme « l’imaginaire de la croissance » qui domine dans les esprits des décideurs, ou encore les « dissonances cognitives » qui conduisent au déni. Citons aussi la question de l’acceptabilité sociale de certaines transformations, et « le doute et la défiance », qui « se sont installés au cœur de la société française, et européenne ».
Côté leviers, le comité 21 note quatre principaux vecteurs de transformation : les mutations technologiques et techniques, les mutations économiques, l’économie et la production, le changement des modes de vie et de consommation, la gouvernance de la transition et le politique. Les mutations « doivent impérativement être mises au service de l’amélioration environnementale et climatique », d’où l’importance d’une boussole pour orienter les choix. Parmi ces mutations, citons l’imprimante 3D, le stockage de l’énergie, les technologies numériques, les « nouveaux modèles économiques » (économies collaborative, du partage, contributive, horizontale, quaternaire, open source, symbiotique, bio-mimétique, positive, de fonctionnalité), la finance durable. La citoyenneté écologique, avec des pratiques collaboratives, de nouveaux modèles alimentaires et de mobilité, et bien d’autres aspects est un autre levier déterminant, dépendant largement des politiques menées, dernier levier, avec par exemple le « green deal européen ». Rien n’est donc joué, mais les changements multiples qui émailleront la prochaine décennie doivent être mis à profit pour relever les défis bien identifiés aujourd’hui, comme le climat et la biodiversité, ou encore les inégalités sociales. L’étape 2030 sera décisive, ce qui conduit à définir un « agenda 2030 » sur la route de 2050 où nous aurons dû atteindre la neutralité carbone.
Le rôle des territoires dans cette Grande transformation est souligné, avec de nombreux exemples, de la nouvelle Aquitaine à la Seine et Marne, en passant par Dunkerque et bien d’autres lieux qui ont engagé la mutation. Une des propositions du rapport est d’ailleurs d’enrichir la loi en préparation dite « 3D », décentralisation, différentiation et déconcentration, de deux autres D pour développement durable. La déconcentration souhaitée du pouvoir, des finances, des moyens humains et le la population permettrait notamment d’expérimenter et de mobiliser des énergies locales qui n’attendent que ça.
La conclusion du rapport, après une synthèse des leviers à actionner pour la grande transformation, prend la forme d’une dizaine de propositions en guise de moteurs, parmi lesquelles, pour revenir à la boussole, les indicateurs d’impact, et la prise en compte des externalités et du long terme, « compter ce qui compte ».
Un document de référence, qui donne envie de s’engager et donne de la transformation à venir un visage avenant.

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