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La grande fracture : Les sociétés inégalitaires et ce que nous pouvons faire pour les changer

Joseph E. Stiglitz
©Les liens qui libèrent, 2015



C’est un cours d’économie que le prix Nobel nous propose, sous forme d’un recueil d’articles. Le premier d’entre eux « est sorti dans Vanity fair en décembre 2007. C’est le mois où l’économie américaine a glissé dans une récession qui allait être la pire depuis la grande dépression ». Des articles, donc, de quelques pages et faciles à lire car obéissant aux lois de la presse et non à celle des thèses et autres écrits scientifiques. C’est un grand mérite de populariser ainsi des théories économiques à partir d’une observation centrale : la montée des inégalités.
Le résultat est une sorte de meurtre, celui de l’économie, tuée par un groupe de personnes, banquiers, économistes, politiques, bien aidés par le système électoral américain. Joseph Stiglitz mène l’enquête dans un chapitre en forme de polar, Anatomie d’un meurtre : Qui a tué l’économie ?
Les titres des articles, regroupés en 8 parties, sont éloquents et permettent une lecture facile et dans l’ordre que vous voudrez. Faites votre marché parmi « les imbéciles du capitalisme », « l’égalité des chances, notre mythe national », « le socialisme pour les riches aux Etats-Unis », « In no One we trust », « La mascarade du libre-échange » et bien autres. Un livre engagé d’un homme d’origine modeste, « un des heureux élus auxquels l’Amérique a donné sa chance : une bourse du mérite national » dans une prestigieuse université du Massachussetts.
Plusieurs thèmes sont particulièrement développés : l’affaiblissement de l’Etat, rendu incapable d’assurer son rôle de réglementation et de supervision de l’économie. «  A lui seul, le marché ne suffit pas ». Le rôle des banques et des lobbys, qui ont dépensé 300 millions de Dollars pour abroger la loi qui, aux Etats-Unis, imposait une séparation des banques de dépôt et des banques d’affaire, et surtout les inégalités, qui se sont singulièrement accrues depuis l’arrivée de Ronald Reagan aux affaires. « 1% de la population mondiale détient aujourd’hui près de la moitié de la fortune mondiale ». Ajoutez les politiques fiscales, le célèbre milliardaire Warren Buffet « a dit qu’il était imposé à un taux plus faible que sa secrétaire », et « une autre victime de la montée des inégalités aux Etats-Unis : la confiance, sans laquelle aucune société peut fonctionner ».
La poussée des économistes ultra-libéraux américains tels que Robert Lucas, également Prix Nobel se justifiait par la priorité donnée à la taille du gâteau, indépendamment de sa répartition. La croissance serait telle que, même si les inégalités augmentent, les plus pauvres seront mieux servis. C’est le contraire que l’on observe, seuls quelques 1% des plus riches ayant vu leurs revenus s’accroitre, le sort des classes moyennes et des plus modestes restant stable ou se dégradant.
Joseph Stiglitz appuie sa démonstration avec de contre exemples, comme Singapour, qui « a la particularité d’avoir donné la priorité à l’équité économique et sociale, tout en connaissant une très forte croissance ces 30 dernières années ». Les villes sont aussi appelées à témoigner, avec des exemples frappant comme la transformation de Medellin, jadis célèbre pour son cartel de la drogue, grâce à des investissements considérables. « La municipalité est partie du principe : si l’on traite les gens dignement, ils prendront soin de leur environnement et seront fiers de leur quartier. Et cette idée a été entièrement confirmée ».
Le Dr Stiglitz formule en conclusion une ordonnance, pour remettre l’Amérique au travail, avec une bonne dose d’intervention publique. Il faut réduire la grande fracture. « Un des plus grands obstacles au succès du développement durable est l’inégalité ».

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