La géopolitique de l’émotion

Dominique MOÏSI
Flammarion, 2008


Il s’agit ici des ressorts profonds de nos sociétés. L’émotion nous gouverne à titre personnel, elle est aussi très active à l’échelle de sociétés entières. Dominique Moïsi en retient trois déterminantes, l’espoir, l’humiliation et la peur. Ces émotions évoluent, changent de région du monde en fonction des évènements  et des cultures. Aujourd’hui, l’espoir est asiatique, l’humiliation est largement ressentie par le monde musulman, et la peur a envahi le monde occidental. Avec des nuances, et des dosages différents quand on entre plus dans le détail des pays, mais les dominantes sont claires dans ces trois régions du monde. Les dosages sont plus incertains, les dominantes moins fortes pour les autres pays, comme la Russie, l’Afrique et l’Amérique Latine.

Il s’agit des émotions ressenties, même si elles ne sont pas toujours justifiées, et c’est ça qui compte, c’est ça qui détermine les comportements. Et tant mieux, ça donne de l’humanité à nos échanges, les simples calculs d’intérêt économique sont remis en perspective. Pour un pays comme la France, ancienne puissance coloniale, qui revendique toujours un statut de grande puissance, le diagnostic est sévère. D’une manière générale, le monde occidental doit « reconnaître que la mondialisation a cessé de lui appartenir ». Un constat douloureux, qui provoque la peur, celle des peuples qui comprennent qu’ils auront de plus en plus de mal à choisir leur propre destin, après avoir dominé ceux des autres. C’est la « peur du futur, incertain, menaçant, sur lequel les êtres humains semblent avoir peu –ou pas – de prise ».

Le développement durable n’est pas le sujet de ce livre, mais il y est bien présent. Il montre clairement que les biens matériels, malgré leur importance, sont seconds par rapport à des émotions, par nature immatérielles, et qui forgent les mentalités. Une croissance immatérielle, fondée sur des émotions, peut se faire jour et offrir des alternatives à la croissance essentiellement matérielle que nous connaissons actuellement, avec le PIB en figure de proue. L’espoir, bien terni en Europe notamment, peut reprendre des couleurs si la peur du futur ne nous inhibe pas. La forte croissance matérielle des pays d’Asie, la « Chininde », ne peut se prolonger sans mettre en péril l’avenir de la planète, et de nouveaux modèles de développement doivent émerger. L’Europe est bien placée (voir le mot Europe), pour peu que nous acceptions d’entrer dans l’inconnu au lieu d’en avoir peur. « L’instinct de conservation, c’est le changement » nous dit Dominique Moïsi. Définissons le développement durable comme la construction collective du monde de demain. L’Europe, vieillie, sans matières premières, y est condamnée. Vive la nouvelle étape de l’humanité ! Ce n’est guère le discours dominant, trop souvent axé sur le rappel de nos fautes, de nos excès, et celui du châtiment qui nous attend. Ce discours ne peut que conforter les peurs, et par suite un sentiment de repli en attendant l’humiliation des civilisations déchues.

Ce dernier paragraphe déborde le strict cadre d’une note de lecture, ce serait plutôt un commentaire personnel inspiré par le livre de Dominique Moïsi. Celui-ci offre l’occasion de souligner le poids des émotions, qui nous donnent des indications très claires sur la manière de parler du développement durable, abandonnant toute peur et tout sentiment d’humiliation, pour en faire un facteur d’espoir.

 

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