La finance solidaire

 

Thomas Lagoarde-Segot
De Boeck, 2014

« La finance universitaire a connu une trajectoire intellectuelle surprenante : à l’origine discipline voisine de la comptabilité, quelques décennies lui ont suffi pour se transformer en une véritable science sociale, positiviste et formatée ». Un constat qui est à l’origine de cet ouvrage, avec son corollaire, la financiarisation de notre économie.

Un seul chiffre pour illustrer le phénomène : en 2013, la somme des actifs mondiaux représentait 312% du PIB mondial.
Thomas Lagoarde-Segot tente d’apporter une réponse à la question : Comment enrichir cette nouvelle science, la diversifier, de manière à « refonder le système financier conventionnel (…) à partir de considérations éthiques et dans le cadre institutionnel existant » ? Ce sont peut-être la mathématique et l’automatisation qui l’ont permis, la finance a pris son autonomie, et impose sa loi. L’objectif de production qui animait l’entreprise a laissé la place à un objectif financier, et « l’intégration financière internationale est perçue comme le moteur d’un nouveau modèle de croissance ». L’actionnaire se substitue à l’entrepreneur. Les résultats de cette dérive sont bien connus, augmentation des inégalités, crises financières, endettement, dégradation de l’environnement.
Il convient donc de refonder la finance, pour « réencastrer le domaine financier dans le domaine sociétal ». C’est l’objet de la finance solidaire, qui se place résolument dans l’esprit du développement durable. Il s’agit de rendre compte des dimensions sociales et environnementales au même titre que la dimension économique.
L’auteur distingue bien l’investissement responsable, ISR, de la finance solidaire. A ses yeux, la première conserve la rentabilité financière en tête de ses préoccupations, même si elle s’ouvre à d’autres aspects, dont la prise en compte ne doit pas compromettre le premier objectif. La finalité de la seconde serait résolument tournée vers des rendements environnementaux et sociétaux. Ses instruments sont divers, fonds communs de placement, plans d’épargne salariale, plans d’épargne entreprise, etc. Un label, Finansol, permet de les distinguer. « L’encours global d’investissement solidaire a été multiplié par 15 entre 2002 et 2014, où il atteignait presque cinq milliards d’euros ». Des établissements se sont spécialisés dans cette finance. Pour ne prendre que deux exemples, une fédération des banques éthiques et alternatives a été créée en 2001 en Europe, et la Californie a vu naître, en 2009, la « slow money alliance ». Halte à la dictature du rendement immédiat ! Au-delà des instruments de la finance solidaire, ses bénéficiaires, les porteurs des projets ainsi financés, sont des organismes de statut particulier, coopératives, ONG, associations, intégrés dans la société. « L’économie sociale et solidaire représente une alternative non pas opposée à l’économie de marché mais au sein même de celle-ci ».
C’est donc dans le cadre des institutions que l’auteur souhaite secouer le monde de la finance, en prenant appui sur la finance solidaire. Celle-ci élargit le champ du possible, et invite à diversifier les paradigmes qui fondent la science financière aujourd’hui. Un autre monde est possible, il convient de le faire vivre.

 

 

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