La fin des terres

La fin des terres
Comment mangerons-nous demain ?

André Aschieri et Maud Lelièvre
Scrinéo, mai 2012





C’est un cri d’alarme que lancent les auteurs. La terre est-elle la grande oubliée du développement ? Pourtant à l’origine, avec les océans, de toute richesse, elle semble reléguée à un rôle secondaire. Elle n’est pas oubliée pour autant, quand on observe le phénomène d’une nouvelle forme de colonisation, décrite en ouverture de l’ouvrage. « Entre 2009 et 2011, environ 30 millions d’hectares sont entrés dans le nouveau portefeuille foncier de la Chine, des pays du Golfe, de l’Inde, de la Corée du Sud et de l’Europe. (…) Et le processus s’accélère.» Autant de terre ôtées à des pays qui perdent ainsi le contrôle de vastes territoires. Bien sûr, cette « colonisation » crée des emplois, mais des emplois subalternes, et en  nombre infime par rapport à ce qu’un développement agricole provoquerait s’il était orienté et accompagné convenablement.
Le détournement de la terre de sa mission première, nourrir et fournir des produits de base comme le coton pour l’habillement, se fait de bien des manières, décrites dans l’ouvrage. Dans de nombreux pays, l’épuisement des terres par des pratiques agricoles abusives est une de ces voies d’appauvrissement. La terre est non seulement vidée de sa substance nutritive, elle ne devient parfois qu’un simple support à une activité agricole devenue entièrement artificielle. Le tableau est bien sombre, des mauvaises pratiques, qui rendent les sols toxiques au lieu d’en stimuler la richesse biologique. Les grands groupes agroindustriels jouent un rôle majeur dans cette évolution, qui équivaut à une « prise d’otages », selon les auteurs. L’affaire des biocarburants complète ce paysage, avec les effets dramatiques de ces cultures sur la forêt primaire ou les productions vivrières. « On nous a retiré nos terres, on ne nous a même pas laissé d’espace de vie », témoigne un représentant des paysans Sénégalais.
Autre agression faite à la terre, sa stérilisation par l’urbanisation. Le développement urbain, pour ne pas dire l’étalement, et le mitage, consomment toujours plus de terres, même dans les zones sensibles et protégées, comme les communes littorales en France.
Les auteurs, face à ces constats alarmant, ne perdent pas espoir et proposent des pistes pour sortir de ces impasses, et redonner à la terre le rôle central qu’elle doit jouer. Sans entrer dans le détail, citons quelques expressions qui les illustrent : manger autrement, repenser le foncier, une agriculture respectueuse de l’environnement : l’agroécologie, agriculture bio, circuits courts, AMAP, coopération décentralisée, redonner du sens à la terre. Des réponses opérationnelles viennent illustrer ces pistes de sortie de cette grande crise que connait la terre. Le coup de projecteur sur Terre de liens est particulièrement instructif. Un mouvement fruit d’une longue évolution à partir d’une association d’éducation populaire, aujourd’hui porteur d’une fondation et d’une société Foncière, qui achète des terres pour y installer des agriculteurs. Une réponse citoyenne en complément de celles apportées par les institutions, sous la forme de SAFER ou d’établissement public foncier.
Au total un livre qui alerte sur un phénomène grave et lourd de conséquences, mais qui propose des orientations et des solutions d’ores et déjà en œuvre. Le pire n’arrive pas toujours. Voilà quelques clés pour redonner vie à la terre.

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