La dette cachée de l’économie


Eric de Ruest et Renaud Duterme, Les liens qui libèrent, mars 2014


C’est un procès du capitalisme qui est instruit dans cet ouvrage. Ce n’est pas la dette de l’économie qui y est détaillée, mais celle des 1% plus riches de la planète, et du système économique qui a conduit à cette situation. Un positionnement annoncé d’entrée de jeu, qui réduira sans doute le lectorat à un public déjà convaincu, qui sera content de s’y retrouver.

Nous sommes loin de l’approche plus ouverte de Peter Newell et Matthew Paterson dans «  Climat et capitalisme », qui s’interrogent sur les conditions à remplir pour que le capitalisme puisse être compatible avec le développement durable, et encore plus des réflexions d’Elinor Ostrom sur « La gouvernance des biens communs ». Ajoutons que les auteurs posent en principe que « la croissance exige une ponction sans limite sur les ressources naturelles », s’éloignant ainsi délibérément du concept « facteur 4 », deux fois plus de bien être en consommant deux fois moins de ressources.
La dette peut être définie de plusieurs manières, celle du Nord à l’égard du Sud, celle accumulée vis-à-vis de la nature et du patrimoine qu’elle représente, celle que l’on peut monétariser, et toutes les formes plus complexes, aux dimensions multiples, notamment environnementales, sociales ou culturelles. A l’heure de la règle d’or, dangereusement cantonnée aux budgets publics et financiers, toute étude documentée sur la dette contractée par l’économie vis-à-vis de l’environnement, et notamment du patrimoine naturel, est bienvenue, mais l’ouvrage d’E. de Ruest et de R. Duterme évoque essentiellement les aspects de l’exploitation ancienne (mais toujours actuelle) du Sud par le Nord, et de la dette ainsi créée. Une analyse qui passe en revue l’exploitation coloniale, qui a détruit environnement et sociétés par la dislocation des modes de vie et des économies locales. Les exemples de la canne à sucre et de l’hévéa sont présentés à ce sujet. L’assignation aux pays du Sud du rôle de pourvoyeurs de matières premières a, en outre, permis de masquer la question de la ressource : « elle donne l’illusion d’une abondance sans conséquence et sans limite, les effets de la surexploitation des ressources se faisant sentir bien loin des principaux lieux de consommation ». Les dégâts des activités pétrolières et chimiques sur la nature et les populations locales sont au menu, ainsi que celles des activités agricoles, où sévit une « contre-réforme agraire », au profit d’une nouvelle concentration et au détriment des petits producteurs et d’une exploitation vivrière : « Ces dix dernières années, le phénomène d’accaparement des terres a littéralement explosé, concernant plus de 200 millions d’hectares ».
En revue, également, le côté « poubelle » de certains pays, où s’accumulent les déchets et les activités indésirables dans les pays riches, et les dérives du business écologique. On connait bien les excès du green washing, mais il semble bien que faire des affaires avec l’environnement est à l’évidence suspect !
Au total, un tour d’horizon des nombreuses formes de dettes que l’économie provoque, et une condamnation du moteur de ces errements, le capitalisme. Pour en sortir, une série de mesures ou de principes, dont certains retiennent l’attention, comme un renforcement du droit de l’environnement et la reconnaissance de crimes écologiques, mais l’essentiel des propositions, en termes économiques, relèvent de la « décroissance ». Espérons qu’il y en a d’autres…

 

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