L’industrie, notre avenir

Sous la direction de Pierre Veltz et Thierry Weil
Eyrolles, 2015

Un ouvrage de référence, réalisé à l’initiative de la Fabrique de l’Industrie et en partenariat avec le centre culturel international de Cerisy. Un ouvrage collectif, une cinquantaine d’auteurs et un colloque à Cerisy. Son objectif : ouvrir des perspectives pour l’industrie en France, tout en luttant contre une image dégradée des usines, sur fond de Zola et des « Temps Modernes ». Pierre Veltz, dans son introduction, décrit 4 ruptures à intégrer pour entrer de plain-pied dans le « monde hyperindustriel » : synchronisme technologique et fin des rentes géographiques, des coûts fixes supérieurs aux coûts variables, le rôle croissant des « écosystèmes », et l’hyperpolarisation. Des mots sans doute techno, mais qui résument ces ruptures à prendre en charge. Il est beaucoup question de concepts, ce qui entraine le recours à ce type de vocabulaire, mais vous trouverez aussi des interludes, des interviews, des débats, des études de cas, qui illustrent les parties plus conceptuelles.
Les interludes, par exemple, confiées à des personnalités extérieures au monde de l’industrie, comme le paléoanthropologue Pascal Picq. Il nous parle de l’évolution, de Darwin et de Lamarck, ce dernier nous ayant communiqué notre conception dominante : « Nous avons été éduqués en pensant que l’évolution consiste à améliorer et à perfectionner ce qui existe déjà. On pourrait dire que l’excellence de nos formations d’ingénieurs témoigne de cette conception du monde ». Eh bien, il va falloir « passer à une conception darwinienne de nos industries ». La contribution d’Armand Hatchuel (Mines ParisTech, Académie des technologies) est particulièrement éclairante de ce point de vue-là : « Pour penser le renouveau industriel, nous devons renoncer aux représentations à la fois figées et déformées de la technique et de l’industrie. Les sources génératrices d’industrie résident aujourd’hui dans une intensification des activités de conception, qui restent les moins connues. (…) Le renouveau industriel ne doit pas être vu comme une simple modernisation des usines. Il passe par une mutation conjointe des entreprises, des universités et de pans importants du savoir. » Il précise ensuite que « la création de richesses dépend moins de la division du travail ou de la concurrence que de la puissance d’invention de biens, de styles, de procédés… ». « Il sera toujours plus efficace d’inventer une solution inédite et féconde que de sophistiquer le choix entre des alternatives existantes et de moindre valeur ». C’est donc bien la nature de la production qui est au cœur du renouveau de l’industrie. Pour cela, une exigence : « Il nous faut apprendre à envisager ensemble le technique, le social et le sociétal ».
Il serait présomptueux de résumer une telle somme. Je mentionnerais juste quelques idées fortes qui constituent une sorte de leitmotiv de l’ouvrage : La distinction entre industrie et tertiaire devient de plus en plus floue, et inopérante ; l’importance de la conception dans le processus industriel ; le poids croissant des « big datas » ; L’importance du lien entre industrie et territoire ; le client et « l’aval » au centre du projet ; l’économie de ressources, une des clés du futur. La richesse de l’ouvrage est telle que je ne prétends pas avec ces lignes de force en rendre compte sans oubli ou négligence. Voici, pour conclure cette « note de lecture » les 6 thèmes qui structurent le document : Réinventer les modèles industriels. Où va le travail ? Une industrie acceptable et acceptée. Une industrie en symbiose avec ses territoires. Du bon usage des modèles étrangers. Nouveaux défis et nouvelles règles du jeu. Bonne lecture !

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