L’économie expliquée aux humains

Emmanuel Delannoy
©Wildproject, 2011, 2020

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Il s’agit d’une réédition, d’un petit livre préfacé par Hubert Reeves. L’auteur s’en explique dans un avant-propos où il s’interroge sur l’écart qu’il observe entre d’un côté la prise de conscience des enjeux environnementaux, et de l’autre le prolongement des politiques d’avant, comme si rien ne s’était passé des dix dernières années. « La vraie cause, réelle et profonde, est à rechercher du côté de nos représentations ». Nous voici confrontés à un « problème anthropologique et culturel ».

Pour l’aborder, l’auteur s’est inventé un interlocuteur avisé, Cerambix cerdo, un coléoptère, plus précisément un capricorne. Celui-ci se lance dans une leçon d’économie, sur la base de ses nombreuses connaissances du vivant.
Il nous dit d’entrée de jeu une chose très simple : « votre économie, votre prospérité et votre bien-être dépendent directement du travail d’innombrables êtres vivants, des plus connus et protégés jusqu’aux plus humbles et négligés. Travail pour lequel nous ne demandons pas, au passage, la moindre rémunération ni compensation ». Les services rendus par les écosystèmes sont innombrables et gratuits, nous rappelle Cerambix cerdo. Les protéger est hautement rentable : « Le coût de l’inaction, c’est-à-dire laisser la biodiversité partir en biberine, s’avère cinq, six ou sept fois plus cher que le coût de l’action ».
Sa leçon d’économie est également une leçon d’écologie. Il le précise en affirmant que « la biodiversité, ce n’est pas juste une question d’économie, mais avant tout de valeurs – au pluriel ». Si la biodiversité a une valeur, elle n’a pas de prix, ce qui est fâcheux pour les économistes. Des études ont essayé de traduire en dollars le service rendu par les insectes qui pollinisent nos cultures, entre 110 et 200 milliards de dollars, mais personne n’a tenté de le faire pour la photosynthèse.
Cerambix cerdo évoque rapidement les politiques de protection de la biodiversité, réservé sur les « compensations », et enthousiaste sur la trame verte et bleue, et développe surtout la manière dont la nature nous aide à innover. Pour montrer l’importance du biomimétisme, il nous signale la performance des abeilles qui savent optimiser leur circuit de collecte du nectar entre des dizaines de fleurs, alors que le nombre de combinaisons est gigantesque. Comprendre les mécanismes naturels et s’en inspirer est une source d’inspiration d’autant plus utile que la nature est économe en moyens, et notamment d’énergie, et qu’elle ne rejette aucun déchet.
Malicieusement, Cerambix cerdo, inféodé aux vieux chênes, nous signale que nous, les humains, sommes à présent dépendants d’une ressource qui est devenue vitale, le pétrole, alors que nous avions la chance d’être omnivores. « Vous avez su utiliser habilement toutes les ressources que la nature vous prodiguait », mais la facilité offerte par le pétrole nous a conduit à abandonner cet atout.
Cette économie expliquée aux humains est donc une occasion de développer un plaidoyer pour la biodiversité. Nous avons à notre disposition des solutions techniques. Il nous fait changer d’imaginaire, « il nous faut inventer, ou révéler, d’autres possibles ».

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