L’écologie, champ de bataille théologique

Stéphane Lavignotte
©Les éditions Textuel, 2022

 


« La transformation écologique du monde nécessite une nouvelle spiritualité ». Un nouvel imaginaire, un nouveau mental pour reprendre un point essentiel des Trois écologies de Félix Guattari. Les religions sont directement impactées par cette nécessité, de manière active, en contribuant à l’émergence de cette spiritualité, ou passive en en subissant les conséquences.
Les religions ont toujours reflété une vision du monde. L’auteur, pasteur de son état, positionne dans son introduction le concept de théologème. Ce sont les fondements souvent inaperçus de nos conceptions du monde, et qui se traduisent dans les religions. Les imaginaires évoluent en fonction des époques, ceux qui régissent le monde occidental ont été secoués à plusieurs reprises. La question écologique est porteuse de défis, et le recours à l’imaginaire, et notamment aux théologèmes, devient un passage obligé. Mais « s’il est nécessaire de prendre conscience nos imaginaires pour les changer, ce n’est pas facile pour autant ».
L’affaire n’est pas nouvelle. Partons de la Genèse, qui positionne l’humain dans le monde. Deux versions, l’une lui accordant la domination sur les autres êtres vivant, l’autre exigeant de lui qu’il en prenne soin en bon jardinier. Mais dans les deux cas, l’affirmation d’une séparation entre les hommes et la nature. Le rapport à Dieu, dont nous serions à l’image, nous donne définitivement une supériorité, et la résurrection des morts nous est réservée. La providence divine nous assure en outre une abondance qui nous permet de prélever sans limite des ressources que nous convoitons. La nature était souvent sacralisée dans les religions païennes, les prêtres juifs qui ont écrit la Bible ont voulu marquer la différence de statut.
Stéphane Lavignotte nous présente les théologèmes qui ont formé nos mentalités occidentales depuis des siècles, une première vague, encore bien en place, qu’il qualifie d’écocide, et une forme de résistance, les « théologèmes souterrains de l’écologie ». Les premiers mettent en avant la puissance, avec en arrière-plan de désir de retrouver le pouvoir qu’Adam a perdu en étant chassé du paradis terrestre. Même le concept d’ascétisme, développé notamment par Calvin, a été détourné pour favoriser l’accumulation de biens. L’esprit entrepreneurial s’est développé pour valoriser cette accumulation, entraimant des prélèvements de ressources de plus en plus grands, sans souci d’équilibre. Selon Francis Bacon, les progrès des connaissances permettent d’accroître notre emprise sur la nature.
Les seconds s’organisent autour de quelques orientations, telles que la lutte contre les idoles, parmi lesquelles la technique, l’économie, l’argent, dénoncés par Jacques Ellul. Une autre voie est l’importance donnée au volet « jardin » et à l’usage qui en est fait. L’humain « administrateur du bien de Dieu », placé sous sa responsabilité. C’est aussi l’humilité de Saint François d’Assise, « le plus grand révolutionnaire spirituel dans l’histoire occidentale » qui promeut « l’égalité de toutes les créatures, y compris l’homme ». Il y a aussi la piste de l’émerveillement. Une approche spirituelle du sentiment de nature. Autant de « théologèmes alternatifs » qui ensemence nos mentalités.
La bataille des théologèmes n’est pas terminée, et l’écologie en est devenu le sujet principal. Voici « l’homme civilisé » prisonnier d’un système fermé, face à « l’homme sauvage », dont la pensée est libre. Les conservateurs se retrouvent dans une « écologie radicale », où les lois morales sont assimilées aux lois de la nature. Au Brésil, la théologie de la prospérité, soutenue par Bolsonaro et la principale église évangélique, transforme la providence en « prodigalité prédatrice ». En face, la théologie de la libération où l’écologie tient une place essentielle.
Le développement durable nous invite à penser autrement. Une vision hétérodoxe, portée par des théologèmes modernes dont nous ne pouvons souhaiter qu’un rapide développement.

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