Intelligence du travail

Pierre-Yves Gomez
Desclée de Brower, octobre 2016



Il s’agit ici, au fond, de l’intelligence de la société, fruit de l’accumulation d’expériences, de savoirs et de savoir-faire, et du travail de toutes ses composantes. Intelligence aux deux sens, du talent et de la manière de comprendre, et le travail étant entendu sous toutes ses formes, rémunérées ou non, y compris le travail domestique et le temps passé pour satisfaire des besoins de la communauté. Le travail répond ainsi à une demande sociale claire, il a un sens, et chacun peut être fier du travail accompli.


Les choses ont changé. Le travail s’est rétréci, dans les discours et dans les esprits, chez les dirigeants et les économistes. Seul le travail rémunéré, salarié ou libéral, a été pris en considération. Un travail dont l’objet est de donner du pouvoir d’achat, pour que le travailleur consomme. Le sens du travail, son « intelligence », la manière de le comprendre, « A quoi ça sert ? », a disparu progressivement au profit de l’addiction à une consommation boulimique. Le discours officiel célèbre la « valeur travail », mais il sonne creux dès lors que le travail n’a plus de sens. La machine s’emballe. On travaille pour avoir la possibilité de consommer, et on consomme de plus en plus pour maintenir des emplois. Même les limites physiques de la planète ne parviennent pas à réguler cette mécanique.
Pierre-Yves Gomez oppose deux cités, celle du travailleur qui a « pour projet commun de fabriquer ce qui est utile à la vie collective », et celle du consommateur, qui « a pour projet l’agréable ». « La cité du consommateur n’est que l’envers de celle du travailleur », mais « ce sont deux projets diamétralement opposés ». Le conflit se développe avec l’illusion de la société d’abondance, et la victoire semble sourire à la cité du consommateur, celle qui a retiré tout son sens au travail. Une cité sans véritable projet ni personnalité, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur la question sensible de l’identité nationale. Mais la résistance prend corps. Elle porte un nom : Proximité. Une nouvelle bataille s’engage entre les deux cités, avec les circuits courts, l’économie circulaire, et la peur du « bore out » qui inquiète les dirigeants d’entreprises. Le nouveau contexte donne une chance à la proximité. Internet qui rapproche des acteurs autrefois éloignés, les nouvelles technologies (robots, imprimantes 3D, etc.) qui peuvent être appropriées localement dans une logique « collaborative », et le changement d’état d’esprit des entreprises, qui souhaitent obtenir un engagement affirmé de leur personnel.
Nous en sommes là. L’intelligence du travail sera-t-elle reconnue ? Une question qui va bien au-delà de la question de l’emploi, qui aurait plutôt tendance à l’occulter. Une affaire à suivre.

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