HQE Les renards du temple

 

HQE les renards du temple
Rudy Riciotti
Al Dante /clash, 2006



Un livre qui vous sera bien utile pour brocarder les gens ou les initiatives qui ne vous plaisent pas, sans autre argument qu’une animosité qui vous vient du fond des tripes. Vous aurez à votre disposition une batterie d’expressions et de noms d’oiseau, où vous pourrez puisez selon votre inspiration. Jugez plutôt : terreur HQE, sectarisme HQE, voyous HQE, escroquerie HQE, la posture HQE est pornographe et pénètre sans gras, pénitencier HQE, le féroce HQE est organisé en tribu, cibles HQE élargies à l’horizon du bout du nez, idéologie de pervers cyniques, HQE futur opium de l’urbain, et bien d’autres. Surtout vous pourrez les enchainer, pour obtenir un effet de répétition qui vaudra démonstration, sans que vous n’ayez besoin d’argumenter.
Aux questions précises, sur les dégâts de la HQE par exemple, répondez par des mots forts et généraux, tels que manipulation, nivellement, spéculation, médiocrité.  Quand il vous faudra, malgré tout, mentionner du réel, citez des témoins qui le feront pour vous : Chaque professionnel peut témoigner tristement d’inepties et de paradoxes, sur la doctrine comme sur les normes. Ajoutez quelques phrases ronflantes, qui ne tolèrent aucune discussion Notre obésité culturelle arme l’argument de cécité cognitive dans le lien du réel. N’oubliez pas quelques vérités premières et politiquement correctes, comme les méfaits des promoteurs immobiliers, qui ont plus démoli la France que les bombardements alliés de la deuxième guerre mondiale.
Evitez de rentrer dans le détail, vous pourriez vous tromper. Deux exemples pur illustrer ce risque : la HQE serait l’ennemie du béton, alors que l’inverse lui a souvent reproché, et les écologistes sont hostiles à la densité, alors que la densité est un de leurs crédos maintes fois répété, parfois à l’excès.
Notez que la violence du propos est maîtrisée, le karcher est resté au vestiaire, il lui est préféré le Fly-tox, probablement avec un brin de nostalgie.
Ce pamphlet est bien sûr jubilatoire, mais on attendait mieux. Il est bâti sur des amalgames, des affirmations péremptoires, des généralisations faciles, et quelques erreurs grossières qui laissent craindre que l’auteur n’ait pas complètement fait le tour du sujet. Les critiques justifiées à faire à la HQE sont toujours bonnes à prendre, car les dérives sont inévitables, mais on n’en trouve guère dans ce livre, d’autant que la véritable cible, pour reprendre un vocabulaire HQE, n’est pas la HQE, mais l’environnement. Et là le débat aurait pu devenir intéressant. Ce que craint Rudy Riciotti, c’est le déclin du beau par la cruauté environnementale. La dictature de l’environnement mettrait en péril la qualité architecturale. Un environnement hélas caricaturé, avec l’inexpert cycliste gendre modèle, végétarien, enseignant, animateur de séminaire HQE et Tupperware, urbaniste, amateur d’art contemporain, régional socialiste et non fumeur, ça cartonne ! Ou un environnement au petit pied, bien sûr, replié sur soi et son petit cadre de vie à préserver, et non sur les grands enjeux que les architectes ont intégrés depuis toujours, comme chacun peut s’en rendre compte, pour rester dans la ligne.
Oui, il y a un risque d’incompréhension, un risque de pré carré, d’égoïsme étriqué et de conservatisme au sens péjoratif du mot. Oui, notre société est complexe, les intérêts divergents, les conflits de valeur quotidiens. Oui, les démarches qualité, comme la HQE, peuvent entraîner des excès, des interprétations abusives. Oui, le sens du beau est une réalité complexe qu’il faut cultiver. C’est là où les apports de tous sont attendus, pour tenter d’éviter les pièges qui sont nombreux, pour sortir des contradictions « par le haut », pour que la nécessaire production de masse – des centaines de milliers de logements à construire et à rénover en quelques années – ait la qualité du sur mesure.
Dommage, voilà une occasion ratée. La question qui vient à l’esprit, à la lecture du pamphlet où on se demande d’ailleurs ce que viennent faire les renards, animaux longtemps pourchassés et gazés, est « pourquoi tant de haine ? ». Pour l’association qui a porté la HQE, avec un demi permanent pendant des années, cette question est peut-être flatteuse, en définitive,  car elle reconnait  l’importance du chemin parcouru.

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