Habiter l’air

Projets architecturaux et environnementaux
Michele Boni
©Gallimard – collection alternative – 2020

habiter l air

Voici 30 exemples d’architecture de l’air. Un panorama de réalisations précédé d’un rappel de l’importance de l’air dans notre vie : « L’homme habite l’air dès la première seconde de sa vie ». Nous sommes tous concernés, les architectes, bien sûr, et nous tous qui habitons ou fréquentons des lieux de vie pleins d’air. L’air nous conduit à « représenter tous les éléments invisibles de l’espace de vie, la vitesse, la température, le degré hygrométrique, l’odeur et le son ». Mais l’air est capricieux, et ne se laisse pas facilement attraper. Il est invisible, au point qu’il est souvent confondu avec la dématérialisation, proche de l’absence ou de la disparition. Il est inconsistant, entre le vide et l’espace de possibilités. Il est omniprésent, il est impossible de s’en éloigner. Et il est fragile, alors que « la « pensée de la substance » nous contraint à suivre certains schémas rigides. Le concept d’air comme matériau de construction nous amène à « recourir à un autre type de pensée qui considère le facteur temps et l’imprévisibilité comme élément d’un projet ».


Pour aborder la question de l’air, Michele Boni nous présente quelques principes, tout en nous prévenant qu’ils ont tous des limites en fonction des caractéristiques de l’air et de ce que l’on veut en faire. Tantôt c’est la consistance de l’air qui sera en vedette, sa mobilité, sa densité. La vitesse de l’air peut en faire une matière solide capable de créer une véritable barrière physique. Tantôt ce sera une différence de pression ou de degré d’humidité qui sera le ressort du projet. Ailleurs les propriétés chimiques de l’air seront mises à profit, ou bien sa capacité à déplacer des éléments ou à moduler son opacité grâce à les microgouttes d’eau.
L’action de l’air est d’ordre multiple, mécanique, esthétique, physique et physiologique, ce qui conduit à des modalités de son utilisation très variées : simple remplissage, nuage, brouillard (ce qui permet de rendre l’air opaque), vent, naturel ou artificiel, serre, bulle, ou goutte : « l’air utilisé comme agent isolant créant un environnement fermé et isolé ».
Des principes qui prennent corps dans des réalisations dont l’auteur nous présente un échantillon réparti en cinq grandes catégories. Pour chacune d’elle, un bref historique et un quelques références pour mieux comprendre la manière dont l’air a été intégré au projet.
- Les structures gonflables, qui ont connu une nouvelle jeunesse avec l’invention dans les années 1970 de l’éthylène-tétrafluoroéthylène. Des structures légères, éphémères ou durables comme le Watercube, centre nautique construit pour les JO de Beijing en 2008.
- L’architecture à flux d’air, qui utilise « l’énergie plutôt que la matière ». L’air comme matériau de construction, un toit par exemple, le flux d’air empêchant l’eau de passer.
- L’architecture bioclimatique, la plus classique, avec ses exigences sur la forme et l’exposition des constructions, pour éviter notamment les turbulences, et sur la ventilation intérieure pour le confort des occupants. Parmi les exemples présentés, notons le pavillon de l’Autriche pour la prochaine exposition universelle à Dubaï en 2021.
- Les dispositifs générateurs et écologiques. Il s’agit ici de purifier l’air, grâce à des solutions technologiques ou à l’intégration du végétal dans la structure, là de récupérer de l’eau présente dans l’atmosphère dans des régions désertiques. On notera le Cricket-shelter, construit à Brooklyn en 2015, « à la fois ferme modulaire pour élevage d’insectes comestibles (grillons) et refuge d’urgence en cas de catastrophe naturelle ». Une structure à base de conteneurs en plastique standard avec au sommet des éléments allongés assurant la ventilation passive de l’ensemble et faisant amplificateur des stridulations émises par les grillons, véritable instrument à vent d’après son concepteur.
- Les dispositifs environnementaux et artistiques, dont le but est d’éveiller notre perception et de nous reconnecter avec l’environnement pour le redécouvrir, le démasquer, le mettre en valeur ». Il s’agit d’harpes éoliennes, ou d’orgues marins, et on retiendra, parmi les exemples présentés, le projet d’architecture sonore réalisé en 2017 dans le Northumberland, dans le Nord du Royaume Uni, sur un ancien camp de la cavalerie romaine. Une construction où des batteurs actionnés par des éoliennes produisent le bruit des sabots des chevaux.
Habiter l’air n’est pas un programme, mais une constatation. Comment en tirer le meilleur parti, comment en faire une exigence en termes de qualité de vie et de l’environnement. Voilà un beau livre pour tous ceux qui s’intéressent à l’art d’habiter.

 

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