Financer la transition énergétique

Alain Grandjean et Mireille Martini
Les éditions de l’atelier 2016

Préface de Nicolas Hulot et postface de Pascal Canfin



Il s’agit d’un livre d’économie. Les auteurs l’affirment, « la transition écologique est le seul projet de société viable qui puisse redonner du sens à la vie économique et la sortir du marasme actuel ». D’une pierre deux coups, donc. Un coup écologique, mais aussi un coup économique, un double dividende qui ne surprendra pas les lecteurs de ce blog. Il s’agit toutefois de transformer cet objectif en actions, et pour cela d’élaborer les règles du jeu qui me permettent.
Nous disposons aujourd’hui de tous les moyens pour réussir la transition, mais les inerties dans les mentalités et les institutions, politiques, financières, monétaires, freinent leur mise en œuvre, voire l’empêche purement et simplement. « Tous les outils existent et sont déjà disponibles pour orienter le crédit vers des objets verts ; il ne manque que la volonté politique ».
Une large partie de l’ouvrage est une sorte de cours d’économie, orientée vers des chapitres fondamentaux de la création de monnaie et du crédit. Nous sommes en plein paradoxe, l’argent est abondant, il n’est pas cher, et la quantité d’argent nécessaire pour la transition est considérable. Et nous ne parvenons pas à mettre en vis-à-vis la ressource et le besoin. C’est que le monde de la finance ne se sentait pas concerné, avec l’idée d’une « neutralité » carbone qui se révèle fictive. Ce n’est que tout récemment (dans un discours du 29 septembre 2015) que le gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre et du Conseil de stabilité financière, Mark Carney, a mis le projecteur sur les risques financiers associés au dérèglement climatique : risque physique (réparation des dégâts matériels), risque de responsabilité (les entreprises émettant du carbone pouvant être tenues pour responsables de pertes dues au dérèglement climatique), et risque de la transition, compte-tenu de la difficulté de conduire la transformation et des ajustements à opérer.
Alain Grandjean et Mireille Martini, aux détours de leur présentation des mécanismes financiers, proposent des pistes pour orienter l’argent disponible vers le grand chantier de la transition. On notera que la question n’est pas uniforme à travers le monde, et que les réponses doivent être adaptées. Dans les pays du Nord, il s’agit essentiellement de dépenser l’argent autrement. Il n’y a pas de fatalité du surcoût. Il faut orienter les investissements, et utiliser pour cela tous les outils disponibles, du règlement à l’aide publique sous toutes ses formes, subvention, politique fiscale, etc. en passant par l’achat public. La relance de l’économie par création de monnaie par les banques centrales, connue sous le nom de « quantitative easing », construite avec le relais des banques, pourrait évoluer vers un « quantitative easing vert », s’appuyant sur les banques publiques d’investissement, pour reprendre une proposition de la Fondation Nicolas Hulot.
Les pays du Sud font face à la double difficulté du manque d’argent et de la non-convertibilité de leurs monnaies. Des solutions complémentaires sont à trouver, grâce notamment aux banques de développement, nationales ou multilatérales. On regrettera que les auteurs ne mentionnent pas la recherche de solutions non capitalistiques, adaptées à la situation de ces pays. Il est vrai que cette voie n’entre pas spontanément dans le champ de l’ouvrage, justement parce qu’elle tente de contourner la contrainte du financement.
Une feuille de route en six points résume le propos, une feuille de route qu’évoque Pascal Canfin dans la postface, en des termes forts : « la transition écologique ou la barbarie croissante. Pour inventer une nouvelle prospérité, nous avons besoin de nouvelles lunettes pour regarder le monde, de nouveaux outils pour le transformer. »

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé