Faire société en ville. Une utopie réaliste

Tristan Benhaïm, Alain Maugard
L’Aube, mai 2016

Il est fréquent, dans ce blog, que j’oppose le monde d’hier à celui de demain. Ce livre décrit la transition qui est en train de s’opérer. Une utopie, compte-tenu de la force du monde d’hier ? Sans doute, mais les auteurs affirment qu’elle est réaliste, qu’elle est en marche, et nous ne pouvons que souhaiter qu’ils aient raison.
Une transformation de nos sociétés qui prend forme dans les villes. Villes au sens large, car la ville « est le territoire où vivent les urbains », ce qui va bien plus loin que les limites administratives habituelles. Le mode de vie urbain a envahi bien des territoires. L’ouvrage commence par un état des lieux, sur la ville et ses habitants, deux sommes de couches superposées et qui vivent ensemble. Les couches de la ville ont sédimenté, elles s’enchevêtrent, se jouxtent, tandis que les générations de leurs habitants se succèdent : les auteurs en distinguent 5, marquées chacune par leur histoire et l’état d’esprit de leur époque. Quelle évolution entre la première, « Les années 1970, une société pétrie de normes confrontée à la montée de l’autonomie » et la plus récente, « Les années 2010, l’agilité comme moteur de la transformation sociétale » ! Tout le monde vit ensemble, dans des morceaux de villes eux-mêmes très contrastés. Un tour d’horizon des « stigmates » de la ville complète cet état des lieux, tout en présentant en creux les domaines où « la ville peut mieux faire », pour reprendre le titre de la deuxième partie.
Le binôme psycho-sociologue – ingénieur voit loin et large, quand il s’agit du potentiel que représente la ville de demain. Il s’agit d’un côté de la manière de concevoir la ville, avec son métabolisme qui vient compléter, enrichir, influencer sa morphologie, et de l’autre les innovations qui naissent chaque jour dans la société, et qui la transforme en profondeur, énergies renouvelables, objets connectés et Internet, big datas et imprimante 3D. La ville est en soi un être vivant, avec toute la complexité de la vie. Ces transformations ont commencé, et les auteurs en signalent quelques-unes, le principe de proximité, qui revient en force, la place de la nature, le besoin d’autonomie et la citoyenneté qui s’exprime face à ‘impuissance des états. La dernière partie décrit les atouts des villes pour assurer la mutation en cours, avec un mode de gouvernance qui répond aux aspirations de toutes les générations qui peuplent les villes.
Un livre dont les qualités sont multiples, et notamment l’effort des auteurs, aidés en cela par un journaliste, Michel Levron, pour traduire en termes simples une réalité complexe. En 150 pages, la concision est une autre vertu de l’ouvrage, ils parviennent à nous présenter la transformation que notre société a connue depuis les années 1960, et les perspectives que les nouvelles technologies, confrontées aux nouveaux enjeux, nous laissent entrevoir. De nombreux « illustrations écrites », des encadrés ciblés, viennent apporter des éclairages complémentaires au propos et leur donner de la présence.
Je regrette pour ma part que la créativité du monde rural, réelle elle aussi et complémentaire à celle des villes, ne soit pas évoquée, mais c’est le parti du livre de se concentrer sur la fait dominant, la ville, et je n’en fait pas grief aux auteurs qui savent nous donner envie d’aller de l’avant, de prendre notre avenir en main, et c’est ça qui est important dans la société française, frileuse à bien des égards alors qu’elle a tout pour réussir.

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé