Energie et prospérité

 

Pauline Mispoulet avec Raphaëlle Yon-Araud
Les Petits matins, 2014

C’est un livre-manifeste. Un regard original sur le monde économique et les entreprises, dans notre beau pays. Pas si nouveau, d’ailleurs, mais plutôt rénové car beaucoup a déjà été dit ! Mais si peu écouté, qu’il faut le reprendre et l’inscrire dans le contexte actuel.

L’énergie est au cœur du discours, d’une part parce qu’elle est sous les feux des projecteurs, et d’autre part parce que c’est le domaine d’activité de Pauline Mispoulet, qui répond aux questions judicieuse de Raphaëlle Yon-Araud, fine connaisseuse du sujet par ailleurs.
Deux lignes de force structurent cet ouvrage sur le fond : Un éloge de la PME, tout d’abord, accompagné d’un regard critique sur les grands groupes, et l’opportunité que représente la transition énergétique, si nous prenons le bon chemin pour la conduire.
Il n’est pas sûr que ce soit le cas, compte-tenu de la manière dont le débat a été engagé : « En France, le débat sur l’énergie est confisqué depuis 50 ans ». Le poids du nucléaire n’y est pas pour rien, avec les relations intimes entre le civil et le militaire, qui a très tôt introduit le secret dans ce domaine. Un domaine complexe, très technique, où le profane a du mal à s’y retrouver. « Pour 99% des Français qui ne sont pas issus ou reliés au microcosme de l’énergie, la question sur l’énergie parait curieuse, présentée dans un langage inconnu et fumeux ». Mais un domaine qui, curieusement, trouve plus facilement d’avancées au niveau local que dans les grandes sphères : « …quand on y regarde bien, sur le terrain, la transition est possible, elle fonctionne. J’ai même envie de dire que le coup est déjà parti. Au contraire, tout semble compliqué là haut, dans les ministères à Paris, tout est complexe, emberlificoté, parce que ce sont les grandes organisations, parce que c’est l’industrie, parce que c’est la politique, parce que c’est la loi ». Et l’illustration nous est fournie, par exemple avec l’initiative d’Energy Cities qui a inventé les POTES, les pionniers ordinaires de la transition énergétique, présentés en quelques fiches.
Dans le contexte français, marqué par la prééminence de quelques grands groupes très proches de l’Etat, les bonnes idées sont facilement détournées. Un amour déraisonnable de la massification en est la cause. Hors des économies d’échelle, point de salut. Peut-être en matière de production industrielle, de biens, mais pas dans le secteur des services, alors que, en matière d’énergie, le service devient déterminant. L’efficacité résulte en effet de la qualité des diagnostics, de la prescription, du suivi, de la proximité entre l’entreprise et son client. Les certificats d’économie d’énergie et les contrats de performance énergétique sont ainsi passés au crible, occasion pour les auteures de dénoncer la précipitation et la recherche du volume, qui provoque cette massification à l’origine de l’exclusion des PME, et assure aux grands groupes et à leurs filiales une sorte de monopole. Les métiers de l’énergie et du bâtiment fournissent d’abondantes illustrations au discours.
L’autre axe autour duquel l’ouvrage est construit est l’entreprise, dont l’utilité sociale va bien au-delà le la seule fourniture de services selon son objet social. Elle distribue des salaires et alimente, pas ses impôts, les caisses de l’Etat et des collectivités locales. Elle tient aussi un rôle social : « le premier guichet social, pour les salariés, c’est le bureau du patron ». Mais toutes les entreprises ne se ressemblent pas. « Au cours de la dernière décennie, les PME ont créé 200 000 emplois pendant que les grandes entreprises en ont créé deux fois moins, et que les entreprises du CAC 40 ont détruit près de 40 000 emplois. (…) Les PME contribuent plus activement à a formation professionnelle en accueillant plus de 78% des apprentis, contre 13% seulement pour les grandes entreprises ». Une analyse précise de ce que devient la valeur ajoutée produite par les entreprises selon leur taille est esquissée, et vous en trouverez les résultats sur le blog du livre energieetprosperite.com.
« L’économie durable est celle qui se soucie de faire de ses dépenses une nouvelle ressource ». Ainsi s’exprime l’esprit « manifeste », présent tout au long de cet ouvrage, une sorte de leçon d’économie pratique.

 

 

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