Empreinte écologique et biocapacité

Bien vivre avec une seule planète
Mathis Wackernagel et Bert Beyers
Terre vivante, 2021


Le sous-titre dit l’essentiel. L’empreinte écologique a été « conçue pour améliorer la vie des gens : il s’agit de nous aider à vivre une vie meilleure et enrichissante dans le contexte d’une seule planète ». Elle ne date pas d’hier. Imaginée par un des deux auteurs, Mathis Wackernagel, et William Rees au début des années 1990, 30 ans déjà, ce mode de comptabilité écologique est animé par un réseau créé en 2003, le Global Footprint Network qui l’applique à de nombreux pays, de nombreuses villes ou régions du monde, et tente de faire progresser la méthode. Il en effet difficile de convertir la diversité du monde vivant en quelques chiffres. Il n’en est pas moins indispensable de représenter la consommation de planète que nous faisons chaque jour, et de la mettre en regard de ce que cette dernière peut fournir, qui est appelée « biocapacité ». Une comptabilité qui peut s’établir à l’échelle de la planète ou d’un territoire, une ville, ou un pays par exemple.


En l’occurrence, l’unité choisie pour représenter notre consommation de planète est une surface. Celle des terres et mers productives, avec des coefficients pour tenir compte de leur productivité. Sont exclus notamment des déserts et la haute mer, ainsi que tous les secteurs stérilisés par d’autres usages que la production primaire. Au total, c’est un petit quart de la surface totales du globe qui nous fournit les ressources nécessaires à notre vie et permet d’absorber nos rejets de toutes natures, un compris les gaz à effet de serre. L’enjeu climatique est ainsi intégré dans la démarche « empreinte écologique ». D’ailleurs, les auteurs l’affirment, « aborder la question climatique comme si c’était un problème isolé est une approche paralysante et improductive ».
Dans une colonne, les dépenses, notre pression sur la planète, et de l’autre les recettes, la production de ladite planète. Faisons le bilan. Il est très nettement en déséquilibre, nous consommons plus que ce que la planète produit, et ce « dépassement » a commencé en 1970, pour s’accentuer régulièrement depuis. Au total, le déficit de planète accumulé serait aujourd’hui de 17 planètes, soit 17 fois la production que la Terre peut fournir en un an. Nous vivons sur notre capital, au lieu de nous satisfaire du flux, du revenu que l’exploitation « en bon père de famille » de la planète peut nous donner chaque année. Un capital qui s’érode, c’est du potentiel en moins, alors que la population mondiale s’accroît toujours, et que de lagres parts de l’humanité aspire légitimement à mieux vivre. La banqueroute n’est pas loin. Il faut donc mieux gérer notre budget « Terre », et c’est l’objet de cette comptabilité de nous éclairer sur nos dépenses, pour faire les bons choix. Il n’y a pas de fatalité, et la comparaison Europe -Etats-Unis en est une bonne illustration : « Un européen moyen consomme moitié moins de biocapacité qu’un américain », sans que l’on puisse dire qu’il vit moins bien.
Il y a des marges de manœuvre, mais l’exercice reste délicat, car les modes de vie et les aspirations sont multiples, et marquées par de fortes inerties, notamment culturelles et organisationnelles. Alimentation, modes d’urbanisation, mobilité, autant de domaines très significatifs pour notre empreinte et qui ne se manient pas à la légère. Ajoutons que la situation est très inégalitaire, ce qui complique encore la recherche de bonnes solutions. Par exemple, l’empreinte écologique d’un suédois est de 6 hectares globaux (calculés selon les surfaces productives de la Suède et leur état), pour une biocapacité de 10 ha. « La Suède reste un créditeur écologique, bien que le pays consomme quatre fois plus de ressources par habitant que la planète n’en produit. De son côté, malgré une empreinte modeste de 0,9 ha par habitant, le Bangladesh est débiteur, car sa biocapacité ne dépasse pas 0,4ha ».
Le livre de Mathis Wackernagel et Bert Beyers nous donne une présentation complète de la méthode, son histoire et ses développements, avec de nombreux exemples d’application à des villes ou des pays. L’empreinte écologique ne donne pas de recette, ne di pas ce qu’il faut faire, mais elle éclaire les décideurs pour répondre à la question « Comment vivre mieux à l’intérieur de nos moyens ? »

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