Elles ont parties pour le Nord

Patrick Lecomte
Préludes, 2016



Ce livre est un hommage à Selma Lagerlöf. « Le merveilleux voyage de Nils Holgersson » est la toile de fond de ce roman, qui nous comte une histoire vraie de protection de la nature. Une histoire vraie sur le fond, la protection de la grue blanche d’Amérique, qui allait disparaitre sans une réaction énergique.

Mais une histoire racontée avec des personnages fictifs, pour assurer une trame à l’exposé. Patrick Lecomte adopte le roman comme genre littéraire pour toucher le plus grand nombre. Un objectif que nous partageons largement dans ce blog : le développement durable ne doit pas rester l’apanage de « sachants » ou de « militants », il faut le rendre populaire, et par conséquent accessible à tous.
L’histoire commence donc en 1917, dans le grand Nord canadien. La date est importante : la sensibilité à la protection de la nature n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, et un des mérites de l’ouvrage est bien de nous replonger dans cette époque de la première moitié du XXe siècle, avec la grande crise et les conflits. Il en a fallu de l’énergie pour faire avancer la cause de la nature dans un tel contexte.
1917, donc, une petite fille élevée par un père trappeur, au contact direct de la nature. Un vol de grues blanches, en pleine débâcle des rivières sauvages, et en pleine lecture de merveilleux voyage de Nils Holgersson, lui fait l’effet d’une révélation. Elle consacrera sa vie à la protection de cette espèce très menacée : encore une courbe à inverser ! L’histoire montre qu’elle y parvient, puisque de quelques dizaines d’individus dans les années 1930, l’espèce est à présent remontée à quelques centaines. Restons prudent toutefois, les menaces existent toujours. « La grue blanche demeure menacée en raison de l’augmentation de la demande en eau pour l’irrigation dans la région d’Aransas, qui diminue le niveau d’eau des nappes et assèche les zones humides ».
Une forme de complicité entre une grue et la petite fille donne la trame du roman, une complicité initiée en 1917 mais qui prendra tout son sens à partir de 1928, date à laquelle Wilma (c’est le nom de la petite fille) entre à l’Université de Houston (Texas), non loin de marais où, justement, les grues blanches installent leurs quartiers d’hiver. Le décor est planté, l’action peut se dérouler. « Les grandes étapes de la conservation de l’espèce, concentrées pour les besoins de la narration, sont bien réelles ».
Il est fréquent d’entendre qu’il faut « raconter des histoires ». C’est une manière d’accrocher l’attention, et de mobiliser la sensibilité de nos concitoyens, pris dans la tourmente de la vie quotidienne et de ses innombrables problèmes. Les communicants parlent de « story telling ». Et bien en voilà un exemple éloquent. La protection de la nature racontée par le truchement de l’histoire de cette petite fille, séduisante à bien des égards, et surtout vive et volontaire. Un cours d’histoire naturelle pour tous !

 

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  • Invité - Yves Poss

    Les forêts primaires de ce sud est des États unis sont actuellement exploitées intensément pour l'approvisionnement de centrales thermiques européennes, en particulier Drax, en Angleterre.
    Je ne sais si l'habitat d'été des grues blanches est touché, mais il est dans le contexte...
    Paradoxe: les aides financières au bois énergie altèrent des habitats sur un autre continent.
    À suivre, mais surtout interrogation à poser, en gardant la vision globale, plaétaire, de nos décisions.
    Binc ordialement,
    Yves

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