Einstein avait raison

Einstein avait raison, Il faut diminuer le temps de travail
Pierre Larroutourou et Dominique Méda
Les éditions de l’atelier, 2016

 


Les objectifs des auteurs sont clairs : relancer le débat sur la diminution du temps de travail, à l’approche de l’élection présidentielle. Et ils s’appuient sur deux vedettes historiques, aux profils bien différents, Albert Einstein et Henry Ford. Le premier publie en 1933 ses réflexions sur la grande crise. L’augmentation historique de la productivité des années d’après la première guerre mondiale n’a pas été prise en considération, et a provoqué la crise que l’on connait. Le second avait institué dès 1926 la semaine de 5 jours, après avoir doublé les salaires 12 ans auparavant. Il plaidait pour que cette mesure soit généralisée. Quelques rares entreprises seulement le suivirent. Ford trouve d’ailleurs un successeur près de 70 ans plus tard, en la personne du créateur de BSN-Danone, Antoine Riboud, qui affirme en 1993 : « Il faut passer à 4 jours-32 heures, sans étape intermédiaire. Cela obligera les entreprises à créer des emplois. »
Pierre Larroutourou et Dominique Méda nous présentent une vision historique de la question du chômage, et « une brève histoire du temps de travail ». La question n’est pas nouvelle, et a connu des moments forts, à partir de 1840 qui « apparait comme le moment où la durée du travail a été la plus élevée en France ». C’est en 1841 que la première loi sur le travail est votée en France, « acte fondateur du droit du travail », qui touche essentiellement le travail des enfants. La loi de 1900 « définit un encadrement général de la durée du travail », 11 heures de travail par jour, et celle de 1906 institue la journée de repos hebdomadaire. 1919, la journée de travail passe à 8 heures, mais elle ne sera effective qu’en 1935, peu avant les lois du Front populaire (juin 1936) qui fixe la durée hebdomadaire à 40 heures - un « progrès de la civilisation », dira Léon Blum - et crée les congés payés, deux semaines. Et puis ce sont les 3e, 4e et 5e semaine de congé payé, 1968 et Grenelle, et les lois de Robien et Aubry, plus particulièrement développées. L’analyse présente une comparaison avec les pays voisins, qui se complique du fait des formes de temps partiel, variables d’un pays à l’autre.  « Si on prend en considération l’ensemble des travailleurs, à temps partiel et à temps complet, avec une moyenne de 37,7 heures de travail par semaine, les Français travaillent plus que les Allemands (35,3 heures) – mais aussi que les Italiens (36,9 heures), les Néerlandais (30 heures) ou encore les Britanniques (36,5 heures) et que la moyenne européenne (37,2 heures). »
L’augmentation de la productivité est bien la cause première du chômage de masse. En amont et en aval. En amont parce qu’il faut moins d’heures de travail pour produire tel ou tel bien, et en aval parce qu’il faut laisser du temps au producteur pour qu’il consomme. L’examen des comptes publics et des échanges internationaux permet de montrer que la mondialisation et les délocalisations ne sont pas coupables, pour l’essentiel.
Pierre Larroutourou et Dominique Méda analysent les politiques de sortie du chômage qui se sont succédées dans notre histoire récente, et notamment le mirage de la croissance pour régler le problème. Les efforts de relance sont impuissants, et les quelques exemples de fuite en avant par l’endettement montrent clairement que la vanité de ces politiques. L’exemple du Japon est particulièrement développé, mais aussi ceux des Etats-Unis et de la Chine, dont l’endettement atteint des sommets. La dérégulation ne donne pas de meilleurs résultats.
La solution est dans la semaine de 4 jours. Une mesure phare qui doit transformer le paysage, accompagnée de baisse des cotisations, de plus de flexibilité interne, d’un accès renforcé à la formation, tout au long de la vie. C’est cet ensemble de dispositions qui crée les conditions du choc évoqué par Antoine Riboud, « les quatre piliers du succès ».
La semaine de 4 jours, c’est possible. Nous apprenons que 400 grandes entreprises ont déjà adopté la formule, et qu’elle n’est pas réservée aux grandes. Mais surtout, nous voyons que le débat est ancien, avec un point fort depuis le milieu des années 1990, et qu’il doit réveiller bien des appréhensions ou des positions de principe. Beaucoup de décideurs, politiques ou industriels, ont proposé cette voie, comme Gérard Larcher en 1993, qui propose d’expérimenter les 32 heures, mais les blocages subsistent. Que de temps perdu, que de souffrances pour les chômeurs, et quelles pertes pour l’économie et le bien-être. La semaine de 4 jours est-elle possible dans une économie mondialisée, et fortement concurrentielle, bien sûr, puisque cette politique présente un bilan financier favorable, si on en croit les auteurs. La France pourrait faire figure de pionnière. Qu’attendons-nous pour être heureux ?

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